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Yves Saint-Laurent et sa « compagnie » par Gustavo Freda

Auteur : 20/09/2015 0 comments 1006 vues

Ou comment Pierre Bergé su faire preuve d’inventivité vis-à-vis de ce que son compagnon avait de plus cher.

Le tableau de Goya, Don Luis Maria de Cistue Y Martinez, c’est le portrait que l’artiste espagnol a fait d’un enfant de deux ans et demi, fils d’un juriste étroitement lié à Charles IV. Cette œuvre, qui faisait partie de la collection d’Yves Saint-Laurent et Pierre Bergé – collection qui a été vendue et dont le tableau de Goya fut donné au Musée du Louvre –, constituait selon Pierre Bergé la compagnie d’Yves Saint-Laurent. C’est du moins ce qu’il dit dans un entretien au journal Le Monde : « étant donné qu’il sortait très peu, voyait peu de monde et ne voyageait pas, la collection était une compagnie, apaisante, inspirante, vitale »[1]. Et ce tableau-là, le tableau de Goya, un grand tableau d’un enfant accompagné d’un petit chien, qui ornait le salon de Saint-Laurent et qu’il se plaisait à regarder chaque jour, faisait partie de sa compagnie quotidienne. Alors, concernant cette collection commune, ils divergeaient sur un seul point, qui plus est délicat : prêter ou ne pas prêter les tableaux. Pierre Bergé était partisan de prêter ses œuvres aux grands musées. Saint-Laurent, lui, détestait. « Un jour, où j’insistais pour prêter le Goya au Prado, raconte Pierre Bergé, je l’ai vu si désespéré que j’ai proposé de faire une immense photo qu’on placerait à l’emplacement du tableau. Il en a été ravi ».

 

Quel amour ! Tentative incomplète ; mais tentative décidée avec une dose d’inventivité de soulager la souffrance de l’autre face au manque de l’objet… sans renoncer à son propre désir.

De ce couple mythique, souvent représenté par la jouissance, le luxe et l’excès, cette belle anecdote nous évoque le geste d’amour comme voile ultime devant le réel impossible à supporter.

[1] Edition datée du 26 septembre 2008.

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