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Y’a d’la vie! Interview de Guénola Gaudaire, responsable d’un foyer de vie

Auteur : 18/10/2015 0 comments 648 vues

 

Pouvez-vous nous présenter brièvement le foyer de vie de l’Hospitalité St Thomas de Villeneuve de Moncontour, les personnes qui y sont accueillies, et la fonction que vous y exercez ?

Je suis responsable d’un foyer de vie et éducatrice spécialisée de formation. Les personnes que nous accueillons sont des personnes de 22 à 64 ans, des hommes et des femmes, présentant diverses caractéristiques : des personnes dites « déficientes intellectuelles », des personnes souffrant de troubles psychiques, et d’autres qui présentent les deux. Certains résidants ont eu un parcours uniquement institutionnel depuis l’enfance, et d’autres ont eu un parcours en milieu ordinaire, et à un moment donné ont pu avoir des difficultés à vivre seuls, ont été hospitalisés, puis accueillis au foyer de vie.

L’établissement est un lieu de vie pour adultes. Il y a donc des couples qui s’y sont créés et, d’autre part, il y a des résidants qui étaient en couple avant d’entrer dans l’établissement.

Il y a eu un avant et un après dans les relations de couple au sein du foyer de vie. De par l’histoire religieuse de l’établissement, les services n’étaient pas mixtes, et il n’était pas concevable qu’il y ait des couples chez les personnes dites « handicapées ».

Le premier couple de l’institution date des années 2000 : un homme est arrivé alors qu’il était déjà en couple. Il savait que la jeune femme avec qui il était en couple allait arriver dans notre établissement et pour lui, il était logique qu’ils continueraient à être ensemble. Leur relation s’est effectivement poursuivie même si leurs deux services – hommes et femmes – restaient séparés.

De là, les relations se sont démocratisées entre les hommes et les femmes et des couples se sont formés. La mixité dans les services est arrivée vers 2007-2008.

Cette évolution est donc très récente et a été impulsée par les résidants, avant que l’institution ne suive. Aujourd’hui, comment se positionne-t-elle ?

Dans le règlement de fonctionnement, il ne figure pas d’article spécifique qui dirait ce qui est autorisé ou interdit : il est seulement indiqué que chacun doit être respecté et que la chambre, le lieu de vie, est un espace privé. L’institution s’est mise au travail par rapport à la question du couple, à partir de situations précises, notamment lors des réunions cliniques et avec un premier groupe de réflexion thématique. Cela a conduit à l’organisation d’une journée institutionnelle sur le thème de « la vie affective et sexuelle en établissement ».

Donc au départ de cette réflexion, il y a eu une situation particulière.

Oui. Ici la réflexion est partie d’une relation homosexuelle. Deux hommes se sont rencontrés dans l’institution. Ils ont commencé à se montrer de l’affection, ils se retrouvaient chez l’un ou chez l’autre… Puis la relation a évolué : par moments ils ne pouvaient plus se supporter, ça pouvait se terminer par de la bagarre. À d’autres moments, ils ne pouvaient plus se séparer l’un de l’autre, et n’arrivaient plus à participer à la vie de l’institution. Au sein du service, cela devenait compliqué à gérer.

Donc on s’est saisi du conflit pour aborder la situation. Et on s’est attachés à l’un des deux partenaires en particulier. On a alors repéré que le problème était sa relation à l’autre de manière générale, et que la séparation lui était impossible. À partir de là, il y a eu plusieurs essais d’accompagnement dans et hors l’institution, puis un traitement médicamenteux lui a été proposé. Ce traitement l’a apaisé et les relations se sont détendues entre ces deux hommes. La séparation est devenue possible, il y a eu moins d’agressivité, et chacun a pu, de nouveau, participer à ses activités, tout en continuant à faire des choses ensemble, mais de façon plus posée.

Cela nécessite un vrai travail des intervenants.

Cela ne se fait pas du jour au lendemain, c’est vraiment à force d’en parler, d’y réfléchir, et de se demander à chaque fois : est-ce que cela questionne le sujet ?

 

Entretien réalisé par Anne Colombel-Plouzennec

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