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Un tandem au chevet de l’enfant -interview de Nelly Crokart, logopède au sein du Gerseau

Auteur : 28/06/2015 0 comments 714 vues

Propos recueillis par Katty Langelez

Nelly Crokart, logopède, intervient au sein de l’équipe du Gerseau, qui propose des interventions cliniques à partir du lieu de vie de jeunes enfants (crèche, maternité, domicile…), en lien avec le réseau concerné (travailleur médico-social, pédiatre, justice…)

Le terme de « couple » a-t-il une résonance dans l’approche de votre équipe ?

En partant de l’enfant, il y a plusieurs fils à suivre. Il y a le couple sexuel dont l’enfant est issu, le couple parental et le couple mère-enfant dans le temps de la grossesse et des premières semaines de vie. Dans notre pratique, nous sommes confrontés à une grande précarité symbolique, accompagnée ou non par une précarité socio-économique. Nous n’avons pas toujours beaucoup d’éléments sur l’enfant pour lequel le réseau s’inquiète et sur ce qui a précédé sa venue au monde. Le couple dont il est issu est souvent défait – ou ne s’est jamais vraiment constitué. C’est en quelque sorte un travail de tissage qui consiste à mettre des mots sur un début de vie, pour pouvoir faire des liens ou en défaire certains.

Parlons du couple mère-enfant…

Quand ce premier lien est mis à mal, souvent des manifestations de souffrances de l’enfant vont faire signe. Il s’agit principalement d’événements de corps : refus alimentaires (régurgitations, vomissements, anorexie), troubles du sommeil, retards de développement psychomoteur… Il peut aussi s’agir de manifestations « à bas bruit » : un bébé trop calme qui se fait oublier, ou qui évite le regard. Ces troubles ont très souvent déjà fait l’objet d’une intervention de première ligne (travailleur médico-social, pédiatre, service hospitalier), et c’est lorsqu’ils se complexifient ou perdurent que nous sommes interpellés.

Et du côté des pères ?

Cela peut poser problème quand le père est complètement absent, ou qu’il est présent, mais sur un mode de revendication pas toujours adapté à un tout jeune enfant (par exemple lorsque le père d’un nouveau-né exige un droit de garde réparti équitablement alors que la mère allaite son enfant). Les situations sont donc à prendre au cas par cas !

Et le transfert dans tout cela ?

Nous avons la particularité de travailler en tandem, pour permettre à la fois le transfert et sa diffraction. Celle-ci opère à plusieurs niveaux : dès la première demande, c’est l’équipe qui détermine le choix du tandem. Après la première visite, une analyse en réunion permet d’orienter les axes de travail. Ce travail d’équipe, élément primordial de notre dispositif, est d’ailleurs explicité lors de nos entretiens autour de l’enfant.
Le lien transférentiel se réalise de manière préférentielle entre l’enfant et un clinicien ou entre le parent et l’autre clinicien du tandem. Dans le cours de l’accompagnement, il peut aussi advenir une séparation du tandem, soit l’enfant avec un clinicien, soit le parent avec l’autre. Il peut arriver ponctuellement que l’autre du tandem ne soit pas là ; il s’agit dès lors pour nous de présentifier son absence dans la parole.
Le tandem est-il un couple ?

C’est un couple fictif mobilisé par un désir bien orienté. Il s’agira de deux écoutes particulières et complémentaires. Les couples de parents que nous rencontrons ont souvent affaire à une perte d’accès réglé à la parole autour du discours commun qui permet l’échange entre humains. Par le fait d’être deux, nous allons pouvoir opérer des moments de séparation à l’intérieur de ces discours pour permettre un deuxième temps qui sera celui du savoir de l’enfant.
L’enfant est en effet le sujet supposé savoir de l’opération. Et comme nous l’enseigne Lacan, il n’est pas sans savoir ce qui lui arrive. Il peut faire de sa précarité un levier mais seulement s’il le veut. La parole réglée vient alors « inter-dire » le corps à corps et l’indifférenciation de l’enfant avec ses autres, et lui permettre une vie plus compatible avec la vie sociale.

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