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Un em-brass(qui)-ment, par Paola Francesconi

Auteur : 18/10/2015 0 comments 676 vues

Les facons pluralisées de faire couple véhiculent dans l’actualité la nécessité de nouvelles et multiples modalités de jouissance.

Elles véhiculent également de nouvelles formes de mascarade, qui, plutôt que de répondre au pas tout, répondent à l’angoisse d’une solitude surmoiquement mal tolérée. La honte d’être single se dispute avec la singularité et y fait objection.

La dernière trouvaille de deux artistes canadiens, Justin Crowe et Aric Snee, fournit la prothèse qu’il faut au phantasme de faire Un, bien sûr, mais à partir du deux, voilant le fait de structure que tout sujet (ou self) est inévitablement traversé par la division.

Il s’agit d’un faux bras, fait en fibre de verre, et offert ainsi à ceux qui veulent réaliser leurs selfies en faisant semblant d’être photographié en compagnie d’un fiancé imaginaire.

La main tendue, mentionnée par Lacan dans le Séminaire Le Transfert, celle qui, en allant vers l’objet, et non pas tellement vers l’Autre de l’amour, se trouve à rencontrer une autre main se dirigeant vers la première, (miracle de l’amour !), hé bien, elle est désormais un souvenir lointain.

Ici le sujet, surtout féminin, marié avec lui-même, à la manière du chat freudien, pelotonné sur lui-même, fait semblant de se compléter par un bras prêt-à-porter, déjà livré par l’industrie au lieu d’être produit en tant que miracle de l’amour.

La jouissance enveloppée dans sa propre contiguité aujourd’hui fait honte, apparaît comme en trop, venant contraster avec l’impératif surmoique de faire couple à tout prix.

Le faire d’une manière qui court-circuite la structure, en mettant l’objet a de l’industrie au zénith de la solitude moderne. « Il n’était pas lui, elle n’était pas elle” … Mais où ça ?… Fin du bal masqué, la mascarade en est une autre ! « Tu es ma femme ?  » Mais où ça ?…

“Dans l’Autre” répond le bras ! Fin des malentendus !

C’est une nouvelle version de la solitude féminine qu’offre le capitalisme, en mortifiant le créationnisme féminin, et aussi le créationnisme masculin naissant, avec la certitude d’être embrassé par l’objet, qui, plutôt que de se mettre en travers, à cause du non rapport sexuel, en propose la version suturante.

Avec qui ou avec quoi fait-on couple ? On ne sait plus. Et si l’on cède aux nouveaux objets pulsionnels tels qu’il sont produits par le capitalisme, peu importe même de se le demander davantage.

Pourquoi ne pas viser le bien dire sur le couple que l’on forme avec notre self ?

La psychanalyse nous en donne la chance. Vertu allusive du langage contre la certitude de la jouissance, prête à fournir des prothèses pour parer l’angoisse.

Et pourtant, par contre, plus elles scotomisent l’hilflosigkeit, la détresse subjective, sans secours, plus cette angoisse se fait aigüe et honteuse de son propre être jeté dans le monde.

Un monde désormais sans Autre : pourquoi ne pas en profiter pour inventer de nouveaux self, de nouvelles facons de ne jamais être seuls ?

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Faire Couple

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