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Un désir d’apprendre à deux, entretien avec Isabelle Knight, enseignante

Auteur : 18/10/2015 0 comments 566 vues

Isabelle Knight est enseignante à l’Ecole de Reconversion Professionnelle Robert Lateulade de Bordeaux, un établissement médico-social qui accueille un public en situation de handicap qui vient se former en passant des diplômes de l’Education Nationale dans le cadre d’un projet de reconversion professionnelle.

Est-ce que selon-vous, on peut parler de couple enseignant-stagiaire au sein de cette institution au même titre qu’on peut parler classiquement du maître et de l’élève ?

La première fois que nous avons évoqué le thème de l’interview, la première chose qui m’est venue à l’idée c’est le couple amoureux, ce qui constitue un interdit dans ma profession, quelque chose qui ne se fait pas dans la pratique professionnelle. Après, effectivement, si le couple c’est le fait d’être deux, d’avoir une relation duelle, alors c’est tout à fait le sens de ma profession. J’essaie de transmettre des savoirs, des compétences, dans un cadre de classe, mais aussi dans une relation individuelle. L’institution me demande d’adapter ma pédagogie à chacun des stagiaires. Le couple ce n’est donc pas si éloigné de ma réalité professionnelle. Je crois que c’est peut-être encore plus vrai ici que dans l’éducation nationale, vu la taille des groupes réduits qui constituent les classes. On connaît mieux nos stagiaires. Les adaptations et les propositions pédagogiques que je peux faire sont plus proches d’eux. On crée et on adapte les cours en fonction du public à qui il sera proposé.

Il est possible que vous élaboriez un cours, au-delà du travail de la classe, en anticipant le travail à deux qui pourra s’y dérouler ?

Absolument. Je sais que par rapport à certaines thématiques, par rapport à certaines difficultés, j’adapterai mon travail. Le fait de connaître leur passé professionnel par exemple, les compétences qu’ils possèdent, ou encore d’avoir pour certains des pré-requis, me permet alors de m’appuyer sur cela. Le cours sera donc créé en fonction de chacun, pour que tous y trouvent quelque chose.

Vous évoquez une relation duelle mais qui cependant trouve toujours à se loger au sein d’un groupe ?

Toujours. Et pourtant il y a de plus en plus de situations à deux. Dans le cadre des entretiens de pré-accueil par exemple, des évaluations diagnostiques où l’on rencontre pour la première fois un stagiaire avant son entrée. Ça, c’est quelque chose qui change. Avant, en début d’année, on rencontrait d’abord un groupe, maintenant c’est un individu.

Habituellement, l’idée de la rencontre à deux dans ce champ professionnel est souvent liée au moment de l’examen, au temps de l’évaluation ?

Oui, c’est d’autant plus vrai dans une des matières que j’enseigne, l’anglais. Une matière qui est évaluée à l’oral. C’est un moment très important d’où va résulter la note.

Aujourd’hui, dans les établissements médico-sociaux, se fait de plus en plus présente une demande du traitement individualisé, notamment par le biais de la réalisation du projet personnalisé. Cela devient pratiquement une injonction mais uniquement du côté du Un, seulement pour le stagiaire. Reste-t-il une place pour apprendre, faire apprendre à deux ?

La façon dont je vois mon métier change. Depuis que je travaille, notamment ici avec des adultes, ma vision du travail s’éloigne de la notion « moi je sais et je remplis l’autre de mon savoir ». J’essaie plus de me considérer comme un guide. Je mets en place des outils dont le stagiaire va se saisir pour développer ses propres compétences. Je ne fais qu’accompagner en mettant à disposition des outils dont l’autre dispose. Après, c’est à l’initiative du stagiaire d’avoir envie d’étudier. Avec le désir d’apprendre, on en revient à la figure du couple.

Avec la passation des examens, c’est une aventure qui est amenée à devoir s’arrêter. Il y a alors séparation. Y-a-t-il une façon ou des façons de conclure ?

Cela fait plusieurs années que je voudrais qu’on organise une cérémonie de remise de diplômes. Je trouve que ce serait un moment symbolique important. Ils doivent être présents jusqu’au 30 juin et quand le moment de partir est venu, certains n’arrivent pas à partir. Ils sont dans la cour, ça dure une après-midi. Certains reviennent le lendemain, on sent alors que c’est une séparation difficile.

Propos recueillis par Yann Le Fur

 

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