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Un couple particulier pour une journée particulière, par Jocelyne Turgis

Auteur : 08/11/2015 0 comments 831 vues

Une journée particulière est un film d’Etorre Scola de 1977. Les deux personnages principaux sont interprétés par Sophia Loren et Marcello Mastroianni qui forment un véritable couple de cinéma puisqu’ils ont tourné ensemble pas moins de quatorze films.

L’histoire se déroule en un lieu unique et le temps d’une journée particulière : le 8 mai 1938 . Ce jour-là, Hitler est reçu à Rome par Mussolini. Pour ce couple redoutable, Hitler et Mussolini, il s’agit de célébrer le fascisme. Une cérémonie et une grande parade des forces militaires et des militants est organisée et tous les Romains sont priés de s’y rendre pour montrer leur admiration au Duce et à son hôte.

Antoinette, une mère de famille soumise et résignée dont le mari et les six enfants se rendent au défilé et Gabriele, un homme vivant seul, homosexuel, renvoyé de la radio où il était commentateur pour cause de non-conformité aux idées fascistes sont restés chez eux. Ils habitent dans un de ces grands ensembles de l’ère mussolinienne organisés autour d’une cour si bien que leurs appartements respectifs se font face.

Rien cependant ne prédestinait ces deux êtres solitaires et exclus, désassortis, à se rencontrer, encore moins à faire couple. Antoinette vit dans la norme familiale voulue par l’état fasciste, admire la force du Duce, sa virilité « On dit que tous les matins il brise les reins d’un cheval et le soir ceux d’une femme. » Gabriele, lui, au contraire ne correspond pas du tout à cette norme, ni par ses idées, ni par son orientation sexuelle.

Mussolini déclarait dans cette période, qu’en Italie il n’y avait que de vrais hommes. Les homosexuels étaient déportés sur un archipel au sud de la Sicile.

Chacun fait couple avec un absent, son mari pour Antoinette, son ami pour Gabriele.

C’est un oiseau, le mainate d’Antoinette qui, en s’échappant de sa cage et en allant se poser sur le rebord de la fenêtre de Gabriele, va, telle une flèche de Cupidon, provoquer la rencontre.

Antoinette se rend donc chez ce voisin d’en face qu’elle ne connaît pas pour récupérer son oiseau. « C’est Rosemonde, elle s’est sauvée. Oui, c’est un nom de femme… » lui faisant remarquer ce quelque chose qui ne colle pas.

Tout le long du film, en fond sonore, on entend la radio de la concierge qui retransmet les discours et les commentaires du défilé officiel. Cette voix vociférant la propagande fasciste renforce le contraste avec ce qu’il y a d’improbable, de fragile et de singulier dans la situation de ces deux êtres isolés dans cet ensemble d’appartements désertés.

Antoinette est très vite sous le charme de Gabriele, courtois, séduisant et cultivé. Lui-même est heureux de pouvoir parler à quelqu’un  » Merci d’être là en ce moment précis… »

Quand Gabriele reçoit un appel téléphonique de son ami, l’échange qu’il a avec lui conduit

Antoinette à penser qu’il s’agit d’une femme. De retour chez elle et l’apercevant téléphoner elle dit :  » Il n’a pas traîné à la rappeler. » Antoinette se retrouve aux prises avec les affres de l’amour, la figure de l’autre femme, ce qui produit un étonnement : « Qu’est-ce que ça peut bien me faire ? « 

Gabriele a envie de la revoir et vient à son tour sonner chez elle. Elle délaisse alors son rôle de femme de ménage et s’empresse d’aller se recoiffer, mettre du rouge à lèvres et des chaussures à talons, pour faire valoir sa féminité. Il s’intéresse à elle, à ce qu’elle fait, à ce qu’elle aime et surtout il lui parle. « Mon mari ne me parle pas , il donne des ordres jour et nuit . »

Antoinette va au bout de son désir amoureux et veut le séduire, ignorant toujours le choix d’objet d’amour de Gabriele. Son désir à elle le trouble. Après une scène sur la terrasse de l’immeuble où le malentendu est à son comble, il lui parle de son homosexualité. Il a bien essayé de faire l’homme avec l’une de ses amies :  » on essaie de paraître différent de ce que l’on est mais ça n’a pas marché « , il a été exclu du parti et renvoyé de son travail.  » Tu me plais comme tu es, ça m’est égal ce que tu m’as dit.  » répond Antoinette.

Le couple qu’ils forment depuis le matin n’ a pas attendu pour faire exister la rencontre amoureuse et sexuelle qui finalement a lieu. Il a fallu autre chose : qu’il lui donne ce que lui-même n’a pas.

Gabriele conclut par ces mots  » De pouvoir faire l’amour avec une femme ça ne change rien à ce que je suis. Cette journée c’est ça qui aura été le plus important pour moi « 

La parade officielle finie, Antoinette retourne chez elle retrouver mari et enfants. Elle aperçoit par la fenêtre Gabriele emmené par deux policiers pour rejoindre l’île où sont regroupés les homosexuels.

Ils ont fait couple le temps d’une journée recouvrant le réel auquel chacun est confronté sans toutefois défaire les couples qu’ils formaient avec un autre partenaire.

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