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Un couple explosif, par Laure Naveau

Auteur : 28/06/2015 0 comments 1197 vues

Pierre et Marie Curie : la science pour le meilleur et pour le pire

Ce pourrait être le qualificatif adéquat pour parler de la rencontre entre Pierre et celle qui deviendra Marie Curie, Maya Salomea Sklodowska.
Lui est né à Paris en 1859, elle à Varsovie en 1867.
Pierre ne va ni à l’école, ni au lycée, mais est instruit par ses parents et son frère aîné, Jacques. Il obtient une licence de physique à la Sorbonne, son père à elle est professeur de physique. Marie apprend à lire à quatre ans en regardant sa sœur aînée, Bronia. Elle obtient sa licence de physique à 25 ans, et de mathématiques à 26.
Leur rencontre a lieu au printemps de 1894, Pierre a 35 ans, Marie en a 27. Ils se marient à Sceaux l’année suivante. Marie est reçue première à l’agrégation de physique à 29 ans. Irène naît l’année suivante. Puis Eve.
Ils poursuivent ensemble leurs recherches sur la radioactivité et en 1902, extraient du radium pur de la fameuse penchblende : le monde scientifique est renversé, la matière n’est pas inerte ! En juin 1904, ils obtiennent le prix Nobel, pour la première fois décerné aussi à une femme.

En avril 1906, Pierre, « rêveur », est renversé par une voiture à cheval.
Marie, qui perd l’homme qu’elle adorait, est détruite, mais elle reprend son poste de professeur de physique à l’Université et poursuit leurs recherches.
Elle découvre ainsi la curiethérapie qui, associée à la clinique et aux rayons X, lutte contre le cancer. Elle meurt en 1934 des suites des manipulations du radium.
Leurs cendres sont au Panthéon depuis le 21 avril 1995…
(inspiré d’après un article de Gilbert Roux)

Ainsi, on pourrait penser à un couple austère, triste, ou ascétique, qui s’est sacrifié pour la science. Mais une pièce gaie et humoristique, Les palmes de Monsieur Schutz, créée en 1989 par Jean-Noël Fenwick, en a fait un couple plein d’enthousiasme, de génie, d’enfants, d’ennuis, et de bicyclettes…
Un couple symptôme au sens noble du terme, en quelque sorte, qui n’a pas vu le temps passer, tout en s’inquiétant, il est vrai, et c’est Pierre qui l’écrivait, de la « lourde responsabilité de l’homme de sciences », (…) face à une humanité « qui n’aurait pas avantage à connaître les secrets de la nature », et « ne serait peut-être pas mûre pour profiter d’une telle connaissance. »
Un couple explosif, en quelque sorte, comme il y en eut d’autres.
En particulier, celui que Marie va former, quatre ans après la mort de Pierre, avec Paul Langevin, son cadet, malheureux en mariage, et avec lequel elle travaille.
Mais cette fois-ci, c’est le scandale qui explose ! Et le déchaînement mauvais de la presse people, dont L’œuvre, un torchon, qui finit par avoir raison de leur histoire d’amour, en diffamant Marie, en usant de propos xénophobes au sujet de ses origines polonaises.
Le scandale inquiète la faculté des Sciences, les collègues de Marie s’éloignent, le Conseil des ministres évoque son cas, et a le projet de lui trouver un laboratoire en Pologne.
Marie résiste, des amis fidèles la soutiennent, le mathématicien Paul Painlevé prend sa défense. Elle ne cède pas aux pressions qui veulent qu’elle s’éloigne, et le 10 décembre 1911, elle reçoit son prix Nobel, à Stokholm, des mains du roi Gustave V. La liaison de Marie et Paul n’a pas résisté à cette tempête.
Paul Langevin regagne le toit conjugal, et Marie Curie retourne à ses chers travaux et à ses enfants chéris, Irène et Ève, qui deviendront, chacune, de grandes scientifiques. Puis leurs propres enfants.
Un « symptôme du couple parental » s’est donc transmis aux générations suivantes.
Il s’appelle la science, « pour le meilleur et pour le pire », comme ce qui fut prononcé par le maire, à la Mairie de Sceaux, en 1895…

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