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Tribulations sur un site de rencontre

Auteur : 14/06/2015 0 comments 485 vues

 

Mode d’emploi pour geek (mais pas que…)

Premier pas

Faire couple, c’est éventuellement se rencontrer. Dès lors, soyons contemporains, connectons-nous à un site de rencontre.

Rien à voir avec les agences matrimoniales de jadis. Aujourd’hui, ça n’a plus rien d’extraordinaire, c’est fun, ça clignote rose-bonbon. Un site a choisi la carte de l’humour. Son appellation est en soi tout un programme et sonne comme une illustration du Girl Power. L’homme est ici un produit, il se présente sous l’étiquette « Description du produit », tandis qu’il décrira son idéal féminin sous l’écriteau « Shopping list ».

L’humble mâle ne pourra entrer en contact avec une demoiselle que si celle-ci l’y autorise. Pour cela, il devra cliquer sur le gros bouton rose « Charmer ».

Et patientera. En visitant d’autres profils (une description, 8 photos)…

Ou en « charmant » (10 charmes possibles par jour inclus dans le tarif de base)…

La demoiselle dispose de techniques d’approche plus élaborées : ouvrir sa messagerie sans mot dire, envoyer un message, mettre monsieur dans son… panier de courses, lui proposer un kidnapping volontaire (s’il y consent, le kidnappé ne pourra plus « charmer » pendant les 24 heures).

Last but not least, c’est gratuit pour elle, pas pour lui.

Le succès de l’endroit ne se dément pas auprès des 20-40.

Cœur de cible : les trentenaires. Plus on grimpe dans la quarantaine, plus ces dames doivent envisager de changer de site : l’homme s’y raréfie. Du coup, les délaissées se rabattent sur les jeunes quarantenaires, lesquels n’ont d’yeux que pour les trentenaires, et découvrent que la cinquantaine les rattrape plus vite que prévu (car ces dames sont les plus proactives en matière de panier, de kidnapping, etc.)

Pour certains messieurs peu au fait de leur âge réel, un premier week-end sur ce site ne se traverse pas sans un léger traumatisme…

Comme il se doit, ce site est truffé de mouchards : toute visite sur votre profil vous est aussitôt signalée, votre présence est dénoncée par un clignotant rose, s’affiche aussi votre nombre de messages échangés, de charmes reçus/envoyés, de paniers engrangés.

Et toute une comptabilité mystérieuse vous attribue des points, des badges, des brevets (Taupe Modèle, Shoppeuse…)

Attention particulière pour ces demoiselles : la rubrique « Rivales », qui les informe des minois en orbite autour du produit convoité. Rien de tel chez ces messieurs, qui sont d’ailleurs, comparés à leurs homologues féminines, très peu prolixes sur eux-mêmes.

Il n’est pas facile être femme en ces lieux : il faut composer avec, je cite « les faux profils, les trop beaux, les pas libres, les gros lourds, les obsédés du sexe » sans compter « la vacuité des propos, ponctués d’innombrables LOL, mdr, ptr, assaisonnés d’une jaunisse de smileys ».

Les photos de ces demoiselles parlent beaucoup du rapport à leur corps : soit il en est totalement absent (juste une tête, une âme), soit il n’est que postures (selfies de sylphides). Ou encore, photo et description se contredisent (une prétendue « pulpeuse » arbore la taille mannequin…)

Au final, le moment auquel beaucoup ça coince, c’est la rencontre. Dans la vraie vie.

Verbatim (après de longs échanges) : « Je ne sais pas… c’est difficile de rencontrer quelqu’un qu’on ne connaît pas, enfin… seulement en virtuel ». Le voilà, le grand absent, ce diffuseur de personnalité que texte et photo peinent à traduire.

Si les mots dévoilent, ils ne s’incarnent durablement qu’au travers du corps. Comme quoi, ce corps n’est pas seulement une affaire de physique… Et la rencontre, loin de se suffire de mots.

Maxence Roland

Second pas

D’abord, la rapidité de la rencontre : inscription sur le site un samedi, premier rendez-vous galant le dimanche, premier rendez-vous sexuel le jeudi.

Mon corps a joui, mais mon esprit, dubitatif, s’interrogeait sur la présence incongrue de cet inconnu au fond de mon lit, un inconnu sympathique, au demeurant, avec qui j’avais eu plaisir à converser.

Au troisième rendez-vous, l’inconnu me dit qu’au premier rendez-vous, il avait pensé que j’étais une fille coincée, parce qu’on ne s’était pas embrassés. C’est tout de même un drôle de monde que celui où l’on passe pour une fille coincée si l’on ne roule pas une pelle au premier rendez-vous…

C’est très pragmatique comme type de rencontre, simplifié, accéléré : on sait pourquoi on est là. Mais on perd en charme ce qu’on gagne en efficacité. Le charme, c’est le hasard, la surprise, l’attente, l’espérance, l’incertitude. Et la lenteur.

J’ai retrouvé un texte que j’avais écrit sur ma rencontre avec un autre homme, et il illustre exactement ce qui précède :

« La première fois qu’elle le vit, elle le trouva franchement désagréable. Séduisant, mais arrogant. Lui, de son côté, ne semblait même pas s’être aperçu de son existence. Ils passèrent ainsi de longs mois à se croiser et à s’ignorer. Mais plus elle le croisait, moins elle pouvait l’ignorer.

Un jour, alors qu’elle parlait avec une de ses amies des hommes intéressants qu’elles croisaient chaque jour sur leur lieu de travail, elle le cita, mais pour ajouter aussitôt qu’elle le trouvait déplaisant. L’amie le lui répéta : il s’aperçut enfin de son existence. Plus tard, elle réaliserait qu’elle avait peut-être mis en œuvre, inconsciemment, une stratégie efficace pour qu’il s’intéressât à elle : piquer la vanité pour éveiller la curiosité. »

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