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Toulouse, hors les murs…Entretien avec Jean-Michel Mariou, directeur littéraire aux Éditions Verdier

Auteur : 31/05/2015 0 comments 792 vues

Entretien avec Jean-Michel Mariou, délégué Régional France 3 Languedoc Roussillon, journaliste, directeur littéraire aux Éditions Verdier, animateur du Banquet du livre de Lagrasse, auteur du livre Ce besoin d’Espagne.

 

Au Banquet du livre de Lagrasse, vous accueillez des écrivains. Comment se couplent la parole et l’écrit ?

Il arrive souvent que la parole du Banquet se transforme en écrit. Une dizaine de livres sont déjà nés de conférences données au Banquet. Pour certaines, sans qu’une virgule n’y soit changée, à part la ponctuation du souffle. La parole que nous souhaitons est la plus proche de l’écrit. C’est un exercice périlleux. Mais quand l’équilibre est trouvé entre la pensée et le partage de la pensée, la fragile chaleur de la transmission en confiance, c’est une vraie rencontre, généreuse, que tout le monde vit intensément.

 

Vous rentrez de Séville, et le Banquet de printemps 2015, qui se tient à Lagrasse dans quelques jours, sera consacré à l’Espagne. De plus, vous avez publié un livre : Ce besoin d’Espagne[1]. Alors… L’’Espagne et vous : quel couple ?

Un couple sûrement illégitime : la seule fois où je me suis rendu dans le petit village aragonais dont est originaire ma famille, et d’où mon grand-père s’enfuit un jour de faim plus grande encore qu’à l’ordinaire, je n’ai ressenti aucun appel, pas le moindre trouble. J’ai trouvé le village plutôt moche, et rien ne m’y a retenu. Par contre, quand je m’arrête dans certains endroits d’Andalousie (l’Andalousie est à peu près l’exact contraire de l’Aragon) – la plage de Sanlucar, des ruelles de Cordoue, le parc du Murillo à Séville – je sens bien que je suis chez moi. J’en déduis que l’Espagne est pour moi comme une famille : je peux détester la mienne, et m’en choisir tranquillement une autre.

Vous êtes un aficionado : en quoi la littérature, le torero et le taureau font-ils couple à trois ?

La littérature est comme la tauromachie : elle donne à voir plus qu’elle ne montre. Elle va chercher dans le cœur des lecteurs, des spectateurs, l’intelligence qui traduit les gestes en pensées, les suggestions en évidences.

Le couple de la corrida est bien entendu celui formé par le torero et l’animal. À la manière de celui que l’immense torero José Tomas a choisi de laisser dans l’Histoire.

Le 24 avril 2010, à Aguascalientes au Mexique, José Tomas est très grièvement blessé par un toro de Santiago. Pendant les trente-huit secondes que prend son transport jusqu’à l’infirmerie des arènes, il va perdre quatre litres de sang. Artère et veine fémorale arrachées. Il survit par miracle – et grâce à l’habileté des chirurgiens présents – et mettra un an à se rétablir vraiment. Il va alors écrire un texte bouleversant, une lettre adressée à ce toro qui faillit le tuer, Navegante, lettre dans laquelle il retranscrit les dialogues qu’il a eus, dans ses rêves convalescents, avec cet animal sauvage.

« -Pourquoi t’es-tu retourné sur moi de façon si imprévisible ? – Parce qu’il te fallait payer encore une fois pour tout ce que nous, les toros, ne cessons de te donner. Face à nous, dans l’arène, tu te sens d’avantage vivant, tu peux t’exprimer en nous toréant et, dans cette union avec nous, atteindre l’art. Tu créais du rêve pour le public qui vient te voir aux arènes, de l’émotion quand tu t’accordes en harmonie avec nos charges. Tout se paie, et comme vous le savez bien, vous les toreros, à nous de vous passer la facture de temps à autre. C’est donc à moi qu’est revenu le sale boulot de te faire payer et, bien que l’attaque soit inscrite dans mes gênes, crois-moi, il m’en a coûté. Car en vérité, nous savons bien que sans vous, les toreros, et sans la tauromachie, notre espèce n’existerait pas. »

Au Banquet, la librairie est fournie par Ombres Blanches ; quel  « genre » de couple formez-vous avec cette librairie de Toulouse et avec votre ami Christian Thorel ?

Martine et Christian ont démarré leur aventure de libraires « sous nos yeux ». Trois ans plus tard, j’ai accompagné la naissance des Éditions Verdier. Nous savions qu’il fallait, pour que Verdier vive, des librairies comme Ombres Blanches. Et je crois que Christian a toujours su qu’il fallait, pour que le projet d’Ombres Blanches tienne son rang et ses promesses, quelques éditeurs comme Verdier. C’est donc un couple de nécessité. Mais il se trouve que l’amitié apporte à cette nécessaire dépendance une profondeur supplémentaire.

[1]          Mariou J. M., Ce besoin d’Espagne, Éditions Verdier, 2013.

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