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« Sans l’inconscient, pas de créativité », rencontre avec Ali Mahdavi, artiste pluriel

Auteur : 27/09/2015 0 comments 1235 vues

 

Propos recueillis par Françoise Haccoun et Patrick Roux



 

Ali Mahdavi explore à travers sa démarche artistique, les rapports de l’homme à la beauté, à son corps et à ses limites, notamment par l’exercice de l’autoportrait, revisité par son imagination pour aboutir à des formes étonnantes, florissant depuis son inconscient à qui il laisse volontairement les rênes.

Une série de dix photographies en a résulté, intitulée « Immortels » -/ – au masculin, puisque ce n’est pas de femmes dont il s’agit, mais de leur souvenir.

Ce que fait Ali Mahdavi avec cette série s’apparente à une opération de chirurgie esthétique. Lors du vernissage à la galerie Gourvennec Ogor, nous avons demandé à Ali Mahdavi de nous dire ce que lui évoque le thème de nos Journées. Il s’est prêté à l’exercice très spontanément, aidé en cela par son transfert à la psychanalyse.

Voulez-vous dire quelques mots à propos du thème des prochaines Journées de l’ECF Faire couple, liaisons inconscientes ?

Ce que je veux dire en préalable, c’est que les artistes refusent souvent de faire une analyse en croyant que s’ils connaissaient leur névrose, ils ne seraient plus créatifs. Je crois que c’est le contraire. Pour ma part, la psychanalyse m’a ouvert à mon inconscient et en faisant attention à mes rêves, à mes rêveries, j’y ai trouvé une richesse et une créativité inépuisable. C’est-à-dire que je n’ai plus jamais eu le problème de la page blanche. Ceux qui croient qu’une analyse tarit la créativité font une grave erreur. Aujourd’hui, si je suis un artiste, c’est d’abord parce qu’il y a eu beaucoup d’années de travail et de formation en école d’art, bien sûr, mais je le dois beaucoup à la psychanalyse. Je pense sincèrement que si l’on est capable de rêver, on est capable de créer.

Votre photo de femme qui a des nourrissons sur la tête, est-ce un rêve?

Ce n’est pas une femme… C’est arrivé à Genève où je faisais une thérapie primale de Janov – / – qui n’a pas marché, du reste -/– mais les deux jours précédents nous n’avions pas le droit de parler, de lire ou de regarder la télévision. On pouvait seulement écrire, dessiner, écouter de la musique. J’ai commencé à faire des gribouillis sans savoir où ça me menait, ce qui est souvent le cas.

Jusqu’au bout, j’ignore ce que cela veut dire. Par l’analyse je me suis rendu compte que je parlais de mon enfant intérieur. L’enfant que j’ai été ou que j’aurais voulu être ou encore l’enfant avec qui il fallait faire la paix. Je me vois souvent lui tenir la main. C’est ma relation à cet enfant que je mets en scène dans mes photos. C’est aussi le désir d’enfanter ; pas seulement être parent mais surtout le pouvoir, le privilège et la douleur – que n’ont que les femmes – d’avoir un enfant qu’on aime.

Faire couple ?

Il faut distinguer l’amour et la passion. La passion est une maladie. J’ai moi-même vécu une passion où je projetais dans l’autre l’idéal de ce que j’aurais voulu être et ça s’est très mal passé. Il fallait sans doute passer par cette phase. Aujourd’hui avec Guillaume je vis un vrai amour qui est fait d’échanges, de partages et Guillaume me dit souvent « On est une équipe ! » Le couple et l’amour, pour moi, c’est une équipe, pas une projection de l’un dans l’autre ou une idéalisation de l’autre.

Et que vous évoque le sous-titre « Liaisons inconscientes »?

Déjà « liaisons » me fait penser à une liaison dangereuse. Faire couple et liaison, je ne suis pas sûr que ça aille ensemble car faire couple c’est s’unir et se compléter. Faire couple c’est être plus fort à deux que tout seul alors que la liaison évoque une transgression. Donc faire couple et liaison, ça ne peut pas se rejoindre.

C’est compliqué pour moi… Ce qu’il y a à retenir, c’est l’inconscient. C’est-à-dire quelque chose qui est insupportable et bête. En créant des névroses, l’inconscient nous détruit, il nous cache des choses qu’il nous faudrait savoir pour aller mieux. Bien sûr, il ne peut pas faire autrement… N’empêche. Parfois, je m’énerve contre l’inconscient. Je lui dis « Mais enfin, si tu as quelque chose à dire, dis-le. Arrête de me torturer et dis-le ! » Mais après je me dis : « Es-tu prêt à le recevoir ? Mais si, je suis prêt. Dis ce que tu as à dire et laisse-moi tranquille… » Pourtant, sans l’inconscient, pas de créativité. Sans l’inconscient, pas de plaisir -/ – rien. Je dirai que sans la psychanalyse, j’aurais été un artiste beaucoup plus médiocre.

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