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Le goût des livres, par Pierre Stréliski

Auteur : 08/05/2015 0 comments 951 vues

Des notules sur le couple dans la littérature ? Mais c’est la bibliothèque d’Alexandrie qui est ici convoquée ! C’est la caverne d’Ali Baba ! C’est un eldorado ! Comment s’y retrouver ? comment choisir ?
On peut évidemment choisir de ne pas s’y retrouver, de se laisser porter par son goût, et ce sera très bien ainsi : parler d’un livre qui assone avec le thème « Faire couple » parce qu’il fait partie de votre paysage intime, parce qu’il vous a marqué, parce qu’il vous a plu.
Ce qui vous est demandé ? Écrire 2000 à 3000 signes d’une plume alerte, pas ennuyeuse, non érudite, sur un ouvrage auquel « Faire couple » vous a fait penser.

On peut aussi essayer de se repérer un peu, de donner quelques limites à ce syntagme. La première idée qui vient, c’est de regarder la définition du mot « couple » : dans un premier sens – de copula – c’est le lien, la chaîne, « un groupe de deux personnes liées par l’amitié ou par l’amour » ; dans un second sens c’est, nous dit-on, un groupe de deux choses ; en mécanique enfin, c’est « l’ensemble de deux forces égales de sens contraire ». On cherchera aussi à le différencier de ce qu’il n’est pas : le couple ce n’est pas la paire, qui désigne « deux choses semblables qui sont nécessairement ensemble ». Ce n’est pas non plus le partenaire, lié dans notre champ au symptôme . Dans la psychanalyse, on dira que le partenaire c’est l’objet intime auquel on est lié tandis que le couple vous lie à l’Autre. Le partenaire-symptôme est du côté du Un, le couple est du côté du deux. Mais c’est à discuter.

Impossible de faire une liste des entrées possibles. Peut-être peut-on s’essayer, dans le style Lagarde & Michard, à esquisser des repères chronologiques et noter qu’on peut choisir sa pépite dans la littérature ancienne : Aristophane, Socrate et Alcibiade, Ulysse et Pénélope (quoique !), Ovide et tutti quanti. Au Moyen-Âge, on pourra penser à l’Amour courtois, à Héloïse et Abélard, à Tristan et Yseult. À la Renaissance, il y a La Pléiade et Ronsard, et Montaigne et La Boétie. Il y a les grandes œuvres étrangères : Don Quichotte et Sancho Pança chez Cervantès, Dante et Béatrice, Roméo et Juliette et les couples shakespeariens. Pour l’Âge Classique, on pense au Cid et à Chimène (« Tout Paris pour Chimène a les yeux de Rodrigue »), à Racine et à Molière, et à Don Juan et mile è tre. Le XVIIIe siècle ? Vous souvenez-vous de Paul et Virginie de Bernardin de Saint-Pierre, de Laclos, de Marivaux ? Et Die Leiden des jungen Werthers, dont le Sturm und Drang, inventant le Romantisme en Europe, précipita une partie de la jeunesse au suicide ?
Quant à faire couple au XIXe siècle, il n’est question que de cela chez Stendhal, chez Flaubert, chez Balzac, mais aussi chez Musset ou Hugo. Et Chateaubriand ? Et Benjamin Constant ? Et Georges Sand ? Et Baudelaire ? Et Proust ? Et Cyrano et Roxane ? Et Carmen de Mérimée ? Et j’ajoute une mention spéciale pour Villiers de l’Isle Adam et son Eve future !
On peut encore allonger cette liste infinie et ne pas oublier qu’il y a aussi une littérature russe (Tourgueniev, Pouchkine, Tolstoï), une littérature anglo-saxonne (Émilie Brontë, Mary Shelley), etc.
Le XXe puis le XXIe siècle arrivent et je renonce à ma liste, elle est trop longue. Notons que l’on observe de plus en plus dans la littérature contemporaine un intérêt pour le Un, pour la solitude de la vie, et un moindre intérêt pour les flamboiements des idéaux impossibles et mortels. Mais il y a bien sûr des exceptions.
Si j’ajoute que l’on peut aussi s’intéresser à la BD (Tintin et le capitaine Haddock, Astérix et Obélix) ou aux romans de gare, qui représentent un lectorat important (plus grosses ventes : Marc Levy, Valérie Trierweiler), vous voyez que vous n’avez que l’embarras du choix : Sollers ou Pierre Michon, Quignard ou Duras, Scott Fitzgerald ou Margaret Mitchell, Pagnol ou Boris Vian.

J’arrête. À vos plumes.

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