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Peut-on vraiment être amoureuse d’une maison ?, par Stella Harrison

Auteur : 05/11/2015 0 comments 694 vues

Une passion stérile d’après Virginia Woolf

Virginia Woolf non, vous ne l’auriez pas vue chez Ikea au bras d’un Leonard, ou même de Vita, l’élue de ses pensées, comme il lui plût de l’écrire.

« Peut-on vraiment être amoureuse d’une maison ? N’y a-t-il pas là quelque chose de stérile et l’esprit ne se dessécherait-il pas à ce genre de passion ? […] Et je n’ai pas envie de posséder des biens »[1] écrit-elle en 1928. Elle a 46 ans. Elle ne se dit, ni dans son Journal, ni dans sa correspondance, encline aux jouissances simples et élémentaires de la vie. Ni Ikea, ni les trois K. Les Kinder, Küche, Kirche, les enfants, la cuisine et l’Église, fruits des valeurs traditionnelles dévolues aux femmes en Allemagne au XIXe siècle, ne l’agitent guère.

Et le couple ? Lisons-la, zoom arrière ! Elle a 25 ans.

Voici comment elle s’adressait à sa sœur Vanessa, à l’aube du mariage de cette dernière :

« Chère Maîtresse,

Nous soussignés – trois Singes et un Wombat – souhaitons vous faire part de la douleur en même temps que de la joie qui furent les nôtres en apprenant que vous aviez l’intention de convoler. Nous avons ouï dire que vous aviez découvert un Singe Rouge d’une espèce inconnue jusqu’ici, bien supérieure à tous les autres singes, puisque non seulement il est doué de parole mais peut aussi prétendre vous épouser : ce qui, à nous, nous est interdit…»[2]

C’est son lien à Leonard cependant qui résistera aux vagues de sa souffrance, à son irrational pain, et pourra un temps, l’ancrer à l’existence.

[1]  Virginia Woolf , Journal Intégral, 1915-1941, traductions de Colette-Marie Huet et Marie-Ange Dutartre, La Cosmopolite, Stock, 2008 , p. 725.

[2] Virginia Woolf, Ce que je suis en réalité demeure inconnu, Lettres, (1901-1941), Points, 2010, p. 40.

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