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« Pas exactement l’amour » par Pascale Rivals

Auteur : 08/09/2015 0 comments 676 vues

 

L’indéchiffrable du couple, à propos de Pas exactement l’amour d’Arnaud Cathrine, par Pascale Rivals

 

« L’amour c’est du mercure qui file dans la paume de la main »[1]. Comment en saisir des bouts, des bribes… des reflets ?

Par « le grain de la voix », « le son du corps »[2], à la façon dont Arnaud Cathrine inscrit ses personnages dans les mots, dans ces détails qui servent son évocation de l’amour, du désir et de la jouissance au cours de son nouvel ouvrage Pas exactement l’amour.

Son point de départ est qu’il n’y a pas de savoir absolu sur l’amour, pas de traité possible ni de dissertation générale. Il s’agit alors attraper l’indéchiffrable de ce qui nous lie à l’autre par une variation, de dire le vivace du désir, au un par un…

En dix nouvelles, dix tonalités, dix couleurs, il trace l’impossibilité de saisir le désir de l’autre comme le sien, si ce n’est par des bouts, des marques du manque dans le corps. Elle : « Au lendemain de l’amour […] elle aimait le souvenir […] de la place qu’il avait occupé en elle. L’empreinte de ce volume »[3]. Lui tente de fixer « tout ce qui est elle »[4] par des images, puis par des mots, ce qu’il appelle ses « palliatifs » : « Plutôt que de combler (impossible) : il fallait garder, c’est-à-dire fixer : la photographie était idéale. »[5] ; « Il ne faisait plus qu’écrire sur l’impossibilité de retenir les chose (elle). »[6]

À quoi est-on si attaché ? Si lié ? Par quels détails l’autre s’inscrit-il en nous ? Tentatives toujours vaines de saisir tout à fait ce qui est Elle, tout à fait ce qui est Lui.

Nous parcourons avec Il le temps des douleurs de l’amour, qui prennent au corps. Puis une perte, la passion cesse : soulagement attendu pour elle, crainte pour lui. Fin de l’histoire ou début, c’est selon : « Ce fut la fin de quelque chose. La fin d’une démence pour lui […] la fin d’une attente pour elle. Après ils s’aimèrent. Ce fut autre chose. »[7]

Arnaud Cathrine nous fait glisser dans les méandres d’un lien de deux qui renvoie chacun à sa solitude. Deux, étrangers à la fiction que chacun s’est raconté, étrangers à sa propre fiction, n’est-ce pas toujours un peu ainsi ? Quand l’un dit « Ça n’existe pas, ça n’a jamais existé », pour l’autre revient : « cette sensation qui [l]’avait souvent assaillie […] : celle d’être parfaitement transparent » et si loin de l’autre déjà. La parole fait et défait l’histoire de l’amour dans un malentendu qui fera là « un amour de jeunesse » pour l’un et « une erreur de jeunesse » pour l’autre.

Les mots d’Arnaud Cathrine nous traumatisent par le sillon qu’ils creusent dans les méandres du désir, par son écriture du corps qui trace, marque, tout doucement, l’indéchiffrable de l’amour. « On aime vraiment le jour où l’on ne sait plus pourquoi »[8], nous dira-t-il.

[1] Interview à France Culture, 7 mai 2015. http://www.franceculture.fr/player/emission-un-autre-jour-est-possible-barthes-dans-notre-monde-45-arnaud-cathrine-pour-pas-exactement-

[2] http://fr.feedbooks.com/interview/225/chaque-écrivain-est-un-voleur-en-puissance

[3] Cathrine A., Pas exactement l’amour, Paris, Gallimard, avril 2015, p. 21.

[4] Ibid., p. 25.

[5] Ibid., p. 53.

[6] Ibid., p. 55.

[7] Ibid., p. 69.

[8] Ibid., p. 130.

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