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Mons coeur brisés – Le couple : soleil éternel ?, par Catherine Heule

Auteur : 18/10/2015 0 comments 591 vues

Le film de Michel Gondry, Eternal Sunshine of the spotless mind, nous démontre bien qu’il n’en est rien, puisqu’il initie le récit d’une histoire d’amour à partir de sa rupture.

À une époque, la nôtre, où le deuil ne peut dépasser deux semaines sous peine d’être qualifié de pathologique, Clémentine décide d’entamer une procédure d’effacement de son partenaire de sa mémoire, par les moyens technologiques inventés par le Docteur Mierzwiak. Joël, s’apercevant de la manœuvre, entreprend le même processus.

Nous refaisons alors le fil de leur histoire, et de son délitement, en suivant à rebours les souvenirs de Joël qui s’effacent peu à peu de son cerveau.

Mais l’humain ne peut que résister à cette tentative de l’évacuer, pour étouffer la souffrance propre à la condition humaine, et Joël décide d’échapper au mécanisme qui tente de le « décérébrer », annulant du même coup la joie. Les deux personnages imaginent donc des subterfuges pour tromper la machine en train de les gommer, jusqu’à se cacher dans les souvenirs d’humiliation de la tendre enfance de Joël.

Bien sûr, c’est son point de vue que nous avons et c’est ce qu’il fait dire à Clémentine entre deux souvenirs. La rupture n’est donc pas vraiment consommée, le processus scientifique étant censé remplacer le lent travail du deuil.

Quand, au matin, Joël se réveille de l’« opération », qui aura duré une nuit, il n’a plus lui non plus aucun souvenir de l’existence de Clémentine. Jeter les objets, les écrits, les dessins, etc. pouvant rappeler l’existence de l’autre, est l’une des premières étapes de la procédure. Ils se retrouveront finalement, comme mus par leur inconscient, retournant sans le savoir sur le lieu de leur rencontre…

C’est sur cette deuxième rencontre que s’entame le film car le récit est construit comme un puzzle, faisant fi du temps chronologique pour privilégier le temps logique ou celui du sujet Joël.

Nous découvrons dans ce film deux personnages emblématiques de ce que peut représenter le partenaire, comme symptôme.

Elle, belle hystérique, est fantasque, vivante, provocante voire provocatrice, elle déteste que l’on dise qu’elle est « gentille ». Elle exprime sa personnalité par la couleur de ses cheveux qui va du « rouge menace », à l’« agent orange », de son cru, elle le précise, en passant par le « vert révolution ». Au début du film, elle arbore le « blue ruin » (le bleu ruine). Car perdue, elle l’est aussi. Elle tentera donc d’animer, de « sauver » son obsessionnel de Joël, qui ne demandera que cela, au début, après la fuite initiale devant cette météorite qui s’offre à lui. Comme il s’en aperçoit ensuite, tout cela n’est que leurre, une ruse de Clémentine pour masquer la vacuité de son être, séduire et… en fin de compte être sauvée… Illusion de complétude donc, au départ.

Peu à peu le quotidien sonnera le réveil et toutes ces petites singularités qui touchaient, ne feront plus qu’agacer, dégoûter, écoeurer, insupporter…

Elle lui reproche de ne pas parler, de la laisser se dévoiler, sans lui-même se livrer et leur permettre d’atteindre ainsi à une « intimité ». Il lui rétorque que « parler tout le temps ne veut pas dire communiquer. » Elle se plaint de son immobilisme, de son manque de projets. Il la soupçonne de « baiser » avec tout le monde pour exister aux yeux des autres. Joël, au fil de la remémoration, récupère ce qui l’avait attiré chez Clémentine, mais bien plus encore, ce à quoi cette rencontre pouvait répondre.

Et comme démontrer qu’évacuer le symptôme ne résout rien, les mêmes causes produisent les mêmes effets à nouveau et, à la deuxième rencontre, ils retombent amoureux.

Patrick, assistant du docteur et personnage secondaire, avait bien compris l’importance de ces détails infimes et avait tenté de séduire Clémentine par une imposture : avec les mots, les cadeaux de Joël. En vain, car c’était oublier que le partenaire alimente la jouissance de l’Un tout seul. Clémentine ne s’y trompera pas.

Le film se termine par ce pas supplémentaire, ou de côté, qu’esquisseront Joël et Clémentine, maintenant « désillusionnés ».

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