content detail

Mode, travestissement et couple, par Hector Gallo

Auteur : 08/11/2015 0 comments 976 vues

 

Medellín : une ville colombienne qui aspire, selon les dires de ses gouverneurs, à devenir une des capitales de la mode. Elle connaît depuis quelques années un essor considérable et chaque année s’y tiennent les salons Colombia-moda et expo moda, des événements qui permettent aux corps de défiler et d’exhiber les dernières créations des stylistes locaux et internationaux.

Mais quel peut bien être le lien entre la mode et les différentes façons de faire couple dans notre société contemporaine ? La mode se caractérise par la présence d’hommes et de femmes attrayants mais la particularité aujourd’hui c’est que l’unisexe tend à s’imposer et ainsi la différence sexuelle semble se diluer. L’unisexe alimente la confusion des genres, question qui contribue au positionnement à notre époque d’un certain travestissement qui est accueilli à bras ouverts dans le domaine de la mode.

Le travestissement se caractérise par un paraître qui revêt une importance majeure dans les défilés de mode. Il s’agit en effet d’offrir le corps que l’on a au regard de l’Autre voyeuriste pour que ce dernier confirme son existence et sa vigueur. Le travesti répond au principe suivant : montre-toi et au lieu d’interroger le désir de l’autre qui te regarde défiler, promets-lui de le faire jouir au cas où il souhaiterait faire couple.

Le travesti défile déguisé en femme partant du présupposé qu’un autre le regarde. Si sous ses vêtements féminins il y a un sujet identifié avec une femme dont la particularité est la présence d’un phallus, la condition est que le phallus soit caché. Tandis qu’un homme décidé montre à une femme ce qu’il a pour la faire jouir, ce qui nous conduit à affirmer que l’exhibitionnisme est masculin, le travesti préfère cacher ce qu’il a. Il prétend faire croire à son éventuel partenaire que l’objet réel n’est pas présent dans son corps.

Le personnage qui incarne le travesti dans le film d’Almodovar Tout sur ma mère affirme : « On m’appelle Agrado[1] parce que toute ma vie ma seule préoccupation a été de rendre la vie agréable à mes semblables […] regardez-moi ce corps… »

Il voudrait faire couple avec un homme qui s’attend à ce qu’on lui rende la vie agréable. C’est à partir d’un trait pervers qu’il propose de faire couple, garantissant ainsi que le rapport sexuel existe. Le travesti aime jouir à l’idée de faire croire qu’il est une femme. Il s’agit donc pour celui qui en a, mais qui ne jouit pas d’en avoir mais du fait d’imaginer l’autre surpris d’en trouver un là où il ne devrait pas y en avoir. Cette position est en phase avec la civilisation contemporaine : se comporter comme un porteur qui ne craint pas d’être volé. Ceci ouvre une vanne qui peut le conduire avec son partenaire à ce que la jouissance a d’illimité.

Ainsi, si le travesti se sent à l’aise dans le domaine de la mode, cela est lié au fait que dans la mode, le regard de l’autre occupe une place importante et que c’est à cette condition que l’on peut faire couple. Reste une question en suspens : quel couple est-il possible de faire avec un travesti ?

[1] N.d.T : substantif qui en espagnol signifie affabilité, satisfaction, plaisir.

About author

Faire Couple

Website: