content detail

Mao et l’incroyable Jiang Qing, par Jacques Borie

Auteur : 05/07/2015 0 comments 910 vues

FEUILLETON POLITIQUE

Comme on peut le supposer, avec un personnage aussi hors du commun que Mao, on ne peut s’attendre à ce que sa vie sexuelle soit bourgeoisement rangée. La légende d’un homme qui a su incarner l’exception tout au long de sa vie et même au-delà ne manque donc pas de conduites hors normes, de pratiques peu orthodoxes, pas vraiment compatibles avec ce qu’on imagine d’un communiste rigoureux et de son éthique supposée ascétique.

Il a tout d’abord quatre épouses : Luo Yikiu de 1907 à 1910, puis Yang Changji de 1920 à 1928 (avec laquelle il a trois enfants), date à laquelle il prend He Zizhen comme troisième épouse (qui lui donne six enfants de plus !), qu’il répudie en 1937 pour épouser la quatrième qui aura un destin bien différent. A côté de ces unions officielles on lui prête une grande consommation de jeunes femmes : cinq ou six à la fois pouvaient partager son lit, tout en écrivant des poèmes et parfois réunissant ses camarades du parti !

Ce style de consommateur effréné doit nous inciter d’autant plus à nous intéresser à la femme qui a occupé une place elle aussi exceptionnelle dans la vie de Mao ; Jiang Qing fut sa dernière épouse, la seule avec laquelle il resta toujours et très longtemps (40 ans !) et qui de plus fut complètement mêlée à la vie politique chinoise et à l’œuvre de son mari. Il faut donc supposer que ces deux ont fait couple avec une force toute particulière.

Dès son apparition dans la vie de Mao, Jiang Qing se distingue en se montrant d’une particulière férocité avec les autres femmes ; sous sa surveillance attentive, la précédente épouse passe les trente dernières années de sa vie en hôpital psychiatrique. Une femme de ministre habillé de façon trop provocante à son gout est jugée et emprisonnée ; la veuve de Lui Shaoqi, le rival de Mao, fut publiquement vilipendée pour « crime » de toilettes trop recherchées.

Mais c’est surtout pendant la révolution culturelle que son action trouva à se déchainer sans limites, au point que Philippe Sollers trouvait que l’incroyable Jiang Qing   mériterait un livre à elle toute seule ; c’est dans le champ culturel surtout qu’elle développa sa passion pour la « purification » , en se faisant pourfendeur des tendances bourgeoise et féodales dans tous les arts, l’Opéra de Pékin en premier.

Elle réussit à se faire détester de tous, femmes, jeunes, membres du parti aussi,   mais la protection de son mari l’a sauvée jusqu’à la mort du Grand Timonier en 1976 . Elle essaie de garder ce qui lui reste de pouvoir en l’habillant de la bande des quatre et en se faisant nommée Présidente du Parti. Mais seulement un mois après la mort de son maitre et époux, elle est arrêtée et emprisonnée alors que partout dans le pays des dazibaos la dénonçant fleurissent. On la dépeint par exemple avec des mains en pattes de crabe, l’une tenant la vérité et l’autre le mensonge. Le simulacre de procès ne la fait pas taire ; alors que son avocat se voit interdire de prononcer le nom de son mari, elle dit n’avoir agi que pour le servir et prononce la phrase fatidique qui résume si bien sa jouissance : « Quand il me disait de mordre, je mordais ; j’étais la chienne du Président ». Elle se suicidera en prison sans avoir jamais rien renié ni regretté de ses déchainements.

Trente ans après Mao est toujours aimé du peuple et Jiang oubliée ou haïe ; c’est sans doute le prix à payer d’incarner la voie de l’Autre.

Quelques références bibliographiques :

Mao Tsé-toung, par Philip Short, trad. de l’anglais par Colette Lahary-Gautié, Fayard, 2005.

Femmes de dictateurs par Diane Ducret, éditions Perrin, 2011.

« Mao était-il fou ? » par Philippe Sollers, Le Nouvel Observateur, le 15-09-2005

About author

Faire Couple

Website: