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Manifestement sans fin par Armelle Gaydon

Auteur : 05/07/2015 0 comments 810 vues

Crash, le film du jeune artiste niçois Maxime Parodi*, a été créé dans le cadre d’une exposition collective accueillie à La Maison Abandonnée, ancienne maison close niçoise des années 1900, aussi chic que délabrée.

Ancienne maison close pendant la Seconde Guerre mondiale (située avenue Monplaisir, cela ne s’invente pas) laissée inhabitée depuis des décennies mais absolument dans son jus, La Maison Abandonnée accueille l’exposition Manifestement sans fin[1] où figurent les artistes Maxime Parodi avec ses films et ses encres, Céline Marin avec ses drôles de couples émergeant du vide de la feuille, Antoine Loudot et Arnaud Rolland avec leurs sculptures d’avions ou leurs machines de guerre s’écrasant au sol. Pour approcher « le réel… devenu un point essentiel de nos discussions à l’origine du projet »[2], un détour par la fiction a permis de construire l’exposition : pour investir ce lieu, prenant appui sur les quelques lignes de résumé d’un film de Fellini jamais réalisé, Le voyage de G. Mastorna, le parti fut de « tout réinventer dans ce champ vierge de toute iconographie ».

Crash, le film d’animation de Maxime Parodi, tient ce pari. Réalisé image par image à l’encre de chine il réinvente la rencontre du couple que forme Mastorna, héros du film jamais tourné, avec une hôtesse de l’air. Mastorna est amoureux, mais elle, elle regarde ailleurs. Elle sait quelque chose que lui ne sait pas. L’artiste commente : « À ce moment de l’histoire, Mastorna est mort. Tout le monde en est conscient. Sauf lui. La fatalité qui l’a touché lui est révélée par l’hôtesse de l’air qui a partagé sa tragique fin. C’est dans le regard de l’être aimé que Mastorna trouve la force de se confronter à sa condition. À aucun moment l’hôtesse ne lui impose les faits. Elle désire simplement l’accompagner tout au long du chemin le menant vers ce réel. A chacune de leur rencontres elle revêt un nouveau visage, ce qui ne nuit en rien à leur relation, Mastorna n’ayant de cesse de retrouver la femme qu’il aime en elle. »

L’axe de l’exposition est de montrer comment l’ « individu est farouchement dirigé dans sa vie par un enchaînement de rencontres et fatalement influencé par une société qui le détermine ». La vidéo montre cela : que le destin de ce couple a été scellé bien avant qu’il n’en ait conscience. Qu’il y a bien peu de hasard dans les rencontres même si toute rencontre résulte d’une nécessaire contingence. Que les femmes veulent y croire, tout en sachant bien au fond quel est le véritable partenaire de chacun dans la rencontre. Le vrai et le faux s’entremêlent, comme dans toute histoire d’amour. Quand le symbolique laisse place au réel, il ne reste que l’onde de choc et l’impact sur les corps, soit du crash de l’avion, soit des rencontres que font les personnages.

Cette exposition est une révélation. Plongé dans le vide creusé par ce lieu déserté, le discours très construit qui a permis de concevoir l’exposition dévoile sa valeur de semblant et acquiert des propriétés pulvérulentes : il tombe comme en poussière, tel un rideau de théâtre arraché pour mieux laisser place aux œuvres, qui sur cette scène devenue aussi vide de meubles que de discours, libèrent toute leur puissance. Car c’est puissant et c’est fort. Ce qui se donne à voir à La Maison Abandonnée ne s’oublie plus une fois vu. Dans notre belle ville azuréenne qui a déjà produit L’École de Nice, voilà : la relève est bel et bien là ! Comme l’écrivait un critique, « les fantômes de Shakespeare resurgissent ici : ‘’La vie n’est qu’une histoire dite par un idiot, pleine de fracas et qui ne signifie rien’’. Un seul mot: Superbe ! »[3]

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* Maxime Parodi, vit et travaille à Nice après un diplôme de l’ESA d’Aix-en-Provence (DNSEP) obtenu en 2012 avec les félicitations du jury. Il se présente comme un fictionnaute, un explorateur de mondes fictionnels. Il travaille essentiellement le dessin, la vidéo (animation) et l’écriture.

[1] Manifestement sans fin ou la procession des grands menteurs, à La Maison Abandonnée [Villa Cameline], 43, av Monplaisir, Nice, 12 juin-5 juillet 2015, Maxime Parodi, Céline Marin, Antoine Loudot, Arnaud Rolland, Scénographie Corentin Buchaudon

[2] Cette citation et les suivantes : livret de présentation de l’exposition.

[3] Michel Gathier sur le site L’art de Nice http://lartdenice.blogspot.fr/2015/06/manifestement-sans-fin.html

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