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Living apart together Par Camilo Ramirez

Auteur : 16/09/2015 0 comments 2783 vues

Sous le titre « Couple : ils s’aiment mais vivent séparément »[1], L’Express nous apprend, données récentes de l’Insee à l’appui, que 2,8 millions de Français déclarant vivre en couple, préfèrent naviguer entre deux chez-soi plutôt que de partager un douillet chez-nous. Voilà un dispositif hypermoderne qui semble mettre en acte, à sa manière, cet écart de structure que Lacan faisait valoir avec humour, même pour les couples les plus collants : « Les hommes et les femmes – on peut aussi un peu rigoler –, ils sont ensemble eux aussi. Ça ne les empêche pas d’être chacun de leur côté. » [2] .

La sociologue Laura Merla[3] a épinglé cette nouvelle forme de faire couple ayant le vent en poupe, sous les signifiants « couples non-cohabitants » ou « living apart together ». Faut-il lire dans ce nouvel arrangement de la vie amoureuse la prévalence de la culture de soi, une revendication des espaces de jouissance privés, la crainte de reproduire des échecs ou encore le refus de consentir aux contraintes et autres automatons peu libidinaux du partage quotidien ?

Pas seulement. Ayant souvent éprouvé précédemment, en chair en os, le délitement des idéaux fusionnels et parcouru à perdre haleine les étendues du malentendu et de l’inexistence du rapport sexuel, ces couples ont envie de parier sur des termes qui ne sont pas étrangers à la psychanalyse : réintroduction de la fonction du manque, réveil autour de l’impossible conjonction du deux dans l’Un, priorité au désir, celui de se retrouver pour être ensemble autant qu’on veut, quand on veut…

Ce n’est pas prendre trop de risques que d’avancer que ceux qui s’aventurent dans ce semblant novateur, en voulant traiter intelligemment l’absence de prescription pour faire couple, ne manqueront pas de se frotter à ce qui, par petites doses ou au jour le jour, fait symptôme, invitant chaque partenaire à répondre du réel le concernant dans cet extime chez-soi qui n’est jamais un chez-nous, et qui a pour nom l’inconscient.

[1] Par Leslie Rezzoug, publié le 31/08/2015 dans l’Express.fr.

[2] Lacan, J. Le Séminaire, Livre XIX, … Ou pire, Paris, édition du

Seuil

[3] Aurore F. et Merla L. Distances et Liens, L’Harmattan, Paris, 2014.

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