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L’Hikikomori et son partenaire, par Alain Courbis

Auteur : 05/07/2015 0 comments 1208 vues

Reclus volontaire, mais connecté à l’espace démultiplié du monde virtuel.

 

L’addiction en extension imprime un nouveau style de vie aux sujets de la modernité pour lesquels s’impose un credo insistant : « In object, we trust »[1].

Corrélativement à la chute des Idéaux, la « jouissance « libérée »[2] s’aimante aux « objets en toc » produits à l’envi par l’effet conjugué de la science et du capitalisme.

Parmi les objets « technologiques », les « objets connectés » induisent un partenariat nouveau à l’objet-machine auquel les conso-mateurs d’images s’appareillent, les maintenant captifs de la toile hypnotique.

Cette dépendance à « l’objet numérique » n’est pas sans rappeler le lien établi par Jacques Lacan entre la dépendance envers le produit « drogue » et la rupture du mariage avec le « petit pipi ».[3].

Ce divorce semble d’actualité au Japon où l’usage généralisé des « objets connectés » défait les semblants usuels qui, référés aux Idéaux de la tradition, établissaient le rapport codifié entre les sexes

Aussi, le branchement addictif aux objets de « communication » semble-t-il correspondre au débranchement de l’Autre du sexe, par l’évitement de la rencontre des corps sexués. Le conjugo de la tradition ne faisant plus recette, le célibat se substitue au mariage déprécié alors que dans les relations l’a-sexualité fait norme nouvelle. Ainsi, aux embrouilles des « choses de l’amour »[4], un « Je n’en veux rien savoir » se déduit de sujets qui, troquant la jouissance sexuelle contre la jouissance de l’objet semblent « faire couple avec l’objet numérique »[5]. Le pouvoir de captation des relations, contacts et liens virtuels en faisant écran à la confrontation de « l’inexistence du rapport sexuel »[6], fait apparaître chez ces sujets une solitude nouvelle, subie.

A contrario, chez les sujets « Hikikomori », l’isolement radical fait blason de leur position de retrait de tout jeu social. Se débranchant de toute demande de l’Autre et déconnectés de toute relation avec leurs semblables, ils ne quittent pas leur forteresse-chambre. Là, reclus volontaires, l’usage de la « Toile globale » leur ouvre l’espace démultiplié du monde virtuel auquel ils se cantonnent. Solitaires, « exilés de tout rapport »[7], leur véritable partenaire semble plutôt être la solitude extrême à laquelle les confronte leur position de refus radical.

[1] « L’expérience des addicts », La Cause du désir, n° 88, 2014, p. 3.

[2] Miller J.-A., « Une fantaisie », Mental, n° 15, p. 19.

[3] Lacan J., « Journées des cartels de l’EFP, Lettres de l’EFP, 1976, p. 263-270.

[4] Lacan J., « Je parle aux murs », Paris, Seuil, 2011, p. 96.

[5] Laurent E., « Faire couple avec l’objet », Quarto, n° 109, p. 43-49.

[6] Lacan J., « L’étourdit », Autres écrits, Paris, Seuil, 2001, p. 455.

[7] Solano-Suarez E., « Le refus des Hikikomori », La Lettre Mensuelle, n° 326, mars 2014, p. 18.

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