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L’exposition berlinoise Two by two, par Martine Revel

Auteur : 08/11/2015 0 comments 663 vues

C’est l’esprit aiguisé par la préparation des Journées sur le thème « Faire couple », que l’exposition Two by two a attiré notre attention. Elle s’est tenue jusqu’au 11 Octobre au Hamburger Banhof de Berlin.

Deux artistes américains, Mary Heilmann et David Reed, figures clés de l’art abstrait, dialoguent avec 19 œuvres chacun, accrochées en binômes.  Dans les œuvres de Mary Heilmann (née en 1940), on peut trouver des références au pop art, à l’expressionisme abstrait et au minimalisme.

Celles de David Reed (né en 1946) sont influencées par le langage visuel des films hollywoodiens et de la télévision.

Au milieu des toiles exposées, une installation de Reed force l’intérêt : « Scottie’s Bedroom » – 1994. Elle est composée d’un lit à deux places des années cinquante surmonté d’une grande toile de Reed. Le lit est ouvert sur une seule place, une robe de chambre en soie rouge est posée sur la literie blanche.

Ceci nous renvoie d’emblée à une chambre de célibataire. Et en effet il s’agit de la reconstitution de la chambre de Scottie-James Stewart, dans le film Vertigo d’Alfred Hitchcock (1958).

En face du lit, une télévision de la même époque sur laquelle défile une séquence de 2’30 : elle situe très précisément le moment où James Stewart veillant sur le sommeil de Kim Novak qu’il a ramenée chez lui après l’avoir sauvée d’une noyade, se précipite dans la chambre car le téléphone sonne et réveille la jeune femme ébahie de se retrouver nue dans ce lit.

Cette installation se veut une vraie mise en abyme car la toile accrochée au-dessus du lit dans la séquence filmée est la même que celle de l’installation – David Reed a inséré sa toile dans le film !

Un peu plus loin, à distance de l’installation, nous découvrons la réplique qu’a donnée Mary Heilmann à David Reed : une petite inscription notée « Vertigo moment » – 2015 – Remix des Soundtracks.

Dans une interview donnée à l’occasion de cette exposition conjointe, David Reed dira l’importance de ce titre que l’on peut traduire par « Moment de vertige » : « C’est une surprise pour le visiteur de l’exposition quand ça arrive. C’est une chose étonnante de faire que quelqu’un dans une exposition pense qu’une chose étrange et bizarre vient d’arriver ».

Il est intéressant de noter ici que le titre donné par Mary Heilmann est en lui-même une équivoque sur le travail de Reed. Ce titre fait en effet énigme et renforce la mise en abyme de l’installation. Nous pouvons supposer que David Reed et Mary Heilmann jouent, l’un avec son installation, l’autre avec son titre, sur le sentiment d’étrangeté qui est aussi au cœur du scénario d’Hitchcock : le double ou le même entre réalité et fiction.

À la suite de la séquence, un texte de Reed nous mène sur une voie qui va au-delà : « My ambition in life is to be a bedroom painter » – un peintre de chambre ? Pouvons-nous alors supposer qu’il est dans le tableau ? Et que de cette place il regarde le lit ?                                C’est ce point-là exactement qui rejoint notre moment de vertige en découvrant l’installation : un regard passant d’un lit qui vient d’être délaissé par son occupant célibataire, un lit vide donc, vers le petit écran où le lit, à cette même place, est occupé par la belle Kim Novak, baissant les yeux étonnés sur sa nudité qu’elle découvre sous le drap.

Nous pourrions alors nous avancer à proposer que cette œuvre d’art fait interprétation de la vérité d’un couple comme étant celui de la construction d’un fantasme et de son dévoilement. Le lit vidé de la présence d’un homme est renvoyé à la fiction du lit occupé par une femme. L’idée d’un couple qui se dérobe chaque fois que l’on tente de l’appréhender.

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