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Les points sur les « o »… par Francis Ratier

Auteur : 31/05/2015 0 comments 849 vues

Toulouse la rause

Toulouse la ville rose !

Courage ! Fuyons ! Les clichés vont pleuvoir dru, les portes entrouvertes se trouver miraculeusement enfoncées.

Ici tout est rose, même le béton à en croire le festival des cultures urbaines qui vient, non sans malice il est vrai, de se baptiser ainsi : « Rose béton ».

Et la vie ? Rose aussi, comme tout le reste.

Au pays de la com, Toulouse fait couple avec le rose.

Mais pas seulement là.

Point n’est besoin de se plonger dans le Toulouse secret et insolite de Sonia Ruiz pour s’en convaincre. C’est vrai que Toulouse est rose, mais pas au sens où Michel Pastoureau établit une à une l’histoire des couleurs mais plutôt à celui de la trace que portent conjointement sa parure et sa parlure.

Pour la parure c’est facile, il suffit de voir si l’on sait regarder.

La pierre est rare, un peu ici ou là comme ornement, pour sembler riche, mais du rempart romain aux bâtiments de la poudrerie, même la guerre s’habille de rose à « Poudreville ». Les églises, les couvents, les hôpitaux, le lazaret, les universités, les édifices publics, la Manufacture des tabacs, les ponts, les moulins qui produisent de l’énergie ou de la poudre encore, les usines, les maisons quand elles sont belles, les hôtels particuliers quand ils sont habités par des hommes de condition, tout rougeoie selon les variations de la lumière et puis aussi tout poudroie parce que la brique n’est pas toujours cuite pour être dénudée et qu’elle se délite saturant l’air de sa poussière.

En revanche, pour la parlure, aujourd’hui, faut tendre l’oreille. C’est léger mais insistant. Ceux du cru peinent à l’entendre, tandis qu’à l’occasion, ceux qui n’en sont pas, n’entendent que ça.

En l’absence de locuteurs naturels, l’Occitan trouve asile dans les diverses possibilités offertes par l’Education Nationale et… dans le métro qui parle tout seul, à personne.

Il semble ne connaître qu’une seule phrase qui annonce la prochaine station en lui donnant son nom d’oc : « Estacion venenta Joana d’Arc. »

Eh ! On le sait nous aussi qu’elle est née à Domrémy, mais qu’elle parlait occitan, et faisait le poutou, ça non, on ne le savait pas.

Il se réfugie surtout dans l’accent des natifs ou des adoptés plein de zèle.

Même abrasé par la télévision, concassé par la mondialisation, il résiste avec la lettre

« o » tour à tour base arrière, position inexpugnable ou fer de lance.

Un « o » qui s’ouvre, s’aplatit, s’étale et se lance à la poursuite du « a ». Un « o » qui devient un « a » dans une langue, l’Occitan, où le « a » terminal se prononce « o » comme dans Toulouse la rause qui n’existe que dans la prononciation de ceux auxquels elle a transmis la langue.

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