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« Les inséparables » de la psychanalyse : Rosine et Robert Lefort, par Fatiha Belghomari

Auteur : 08/11/2015 0 comments 2257 vues

Rosine et Robert Lefort ont fait couple indéniablement[1]. Ils ont fait couple dans la vie privée mais aussi dans le mouvement psychanalytique d’orientation lacanienne. Ensemble, ils ont écrit une œuvre considérable sur la clinique de l’enfant en soutenant une thèse majeure : « L’enfant est un analysant à part entière »[2].

Rosine Tabouis[3] rencontre Robert Lefort en 1950[4], au dépôt de l’Assistance Publique, à Denfert Rochereau, où elle exerce sous la responsabilité de Jenny Aubry. Cette dernière mène des travaux de recherches et s’entoure de collaborateurs dont Robert Lefort, médecin conseiller technique, sous l’égide de la Fondation Parent de Rosan.

Ils se marient en 1952 et auront cinq enfants : Laurent (1952-1953), Sophie (née en 1953), Béatrice et Damien (nés en 1955) et Emmanuel (1956-1964).

 

C’est en 1953, lors du premier Séminaire de Jacques Lacan, que Rosine Lefort expose le cas d’un enfant, Robert, dont Lacan souligne que « c’est un de ces cas graves qui nous laissent dans un grand embarras quant au diagnostic, dans une grande ambiguïté nosologique »[5], « un cas où nous touchons du doigt sous sa forme la plus réduite, le rapport fondamental de l’homme au langage. C’est extraordinairement émouvant. »[6]

Ce travail est présenté à la suite d’une étude et commentaire de Jacques Lacan sur les travaux d’Anna Freud et Mélanie Klein. L’exposé de Rosine Lefort sera fondamental. Il montrera clairement que l’enfant peut être pris en analyse car il est avant tout un sujet, au sens où sa position ne peut se déduire d’une façon logique de celle qu’il occupe à l’endroit de sa mère. Ce travail s’inscrit dans « la loi même et la tradition du séminaire que ceux qui y participent y apportent plus qu’un effort personnel – une collaboration par des communications effectives. »[7]

 

Ainsi, Rosine a poursuivi cet « effort » avec Robert et, tous deux, « ont commencé à faire des communications et puis un jour, ils se sont mis à écrire. Ils discutaient et écrivaient en même temps. Ils faisaient tout ensemble et jamais l’un après l’autre »[8]

De cette écriture à deux est née une œuvre qui comprend plusieurs ouvrages[9] mais qui demeurera « le véhicule d’une parole »[10], une écriture dans laquelle « la première personne du singulier renvoie à Rosine […] qui réfléchit avec Robert sur les enseignements [du] cas »[11].

Une élaboration à deux, certes, mais avec des pairs, toujours. Avec ceux qui suivent et s’orientent de l’enseignement de Jacques Lacan, à l’Ecole de la Cause freudienne assurément. Ainsi, après deux années de recherche dans un cartel avec Jacques-Alain Miller, Judith Miller et Eric Laurent, ils publieront leur deuxième livre et seront cofondateurs[12] du CEREDA en 1982 avec les autres membres du cartel.

 

Leur travail sera connu et apprécié à travers le monde, partout où l’enseignement de Lacan et son orientation transmise par J.-A. Miller sont présents. Pendant plus de deux décennies, ils auront aussi à cœur de transmettre, en chœur, la psychanalyse via des conférences, des séminaires et par leur travail d’analystes et de contrôleurs jusqu’à ce que le réel les surprenne, le 13 février 2007 pour l’un, et le 25 février pour l’autre. Quelques jours après Robert, Rosine n’était plus.

Même dans la mort, ils auront été « inséparables ».

 

[1] Le titre est emprunté à Judith Miller dans son « Entrée en matière » du recueil de textes dont elle assure la direction et qui rend hommage aux travaux de Rosine et Robert Lefort  L’avenir de l’autisme », Editions Navarin, 2010, pp. 10 et 11.

[2] Lefort R. et R., « L’enfant est un analysant à part entière », entretien réalisé par Marie-Hélène Brousse et Dominique Miller paru dans L’Âne n°16, mai 1984, republié dans L’avenir de l’autisme, op.cit., pp. 129-142.

[3] Née le 17 août 1920, Rosine était la fille de Geneviève Tabouis, journaliste dont la renommée internationale s’est étendue de par ses chroniques radiophoniques qui se caractérisaient par des « phrases fétiches » telles que : « J’ai encore appris… », « Attendez-vous de savoir… » ou « Vous saurez que… », Cf. Les Archives nationales, Fonds Geneviève Tabouis (1818-1984), 27AR 1-129, Paris , 2010.

[4] Nous adressons nos remerciements les plus vifs à Sophie Lefort pour nous avoir communiquée quelques informations précieuses pour notre recherche.

[5] Lacan J., Le Séminaire, livre I, Les écrits techniques de Freud, Paris, Seuil, 1975, p. 107.

[6] Ibid., p. 119.

[7] Ibid., p. 13

[8] Communications personnelles de Sophie Lefort.

[9] Cf. La naissance de l’Autre (1980), Les structures de la psychose (1988), Maryse devient une petite fille (1995), La distinction de l’autisme (2003), parus aux éditions du Champ Freudien.

[10] Miller J.-A., « Référence. La matrice du traitement de l’enfant au loup » in Quelque chose à dire à l’enfant autiste. Pratique à plusieurs à l’antenne 110, Paris, éditions Michèle, 2010, p. 24.

[11] Cf. Note de bas de page, La distinction de l’autisme, Paris, Seuil, Le champ freudien, 2003, p. 11

[12] Cf. L’hommage à Robert Lefort par Eric Laurent, paru sur le blog de l’AMP, le 17 février 2007.

http://ampblog2006.blogspot.com/2007/02/hommage-robert-lefort.html

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