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Les clés de l’écriture du scénario de Plus belle la vie

Auteur : 18/10/2015 0 comments 1470 vues

Entretien avec Olivier Szulzynger, directeur d’écriture du feuilleton.

Pouvez-vous nous parler de PBLV[1], quel en est le principe ?

PBLV est un feuilleton quotidien qui existe depuis maintenant onze ans. Chaque épisode de vingt-six minutes résume la vie d’un quartier imaginaire de Marseille qui s’appelle Le Mistral. La particularité de ce feuilleton c’est que, quand c’est Noël dans le monde réel, c’est aussi Noël dans l’univers de PBLV. À travers la série, on suit une quarantaine de personnages et une bonne douzaine de couples.

Y-a-t-il une spécificité des couples PBLV ?

C’est plus compulsif ! Les couples de PBLV traversent sans doute plus de crises que les couples « normaux ». Les gens heureux n’ayant pas d’histoire… Notre but c’est qu’il se passe quelque chose ! Au début de la série, tout le monde avait tendance à faire couple avec tout le monde et à coucher avec tout le monde. Ça devenait très endogame, presque incestueux. La peur du vide des scénaristes, le fait qu’il faille « tenir les événements » faisait que les couples avaient tendance à tomber amoureux et à se séparer très vite… On a choisi de ralentir le rythme car c’était très peu réaliste. Et surtout d’éviter que tout le monde tombe amoureux de tout le monde ! On peut pas toujours tomber amoureux de son voisin de palier qu’on connaît depuis vingt ans ! On a plutôt tendance à tomber amoureux d’un ou d’une inconnue. Ça nous a amenés à ralentir le rythme et à ouvrir le quartier. Donc ce sont des couples qui traversent un tas d’épreuves, que ce soit des épreuves extérieures, du serial killer qui vient les menacer jusqu’à l’escroc, mais aussi des crises intérieures, des adultères…

L’autre spécificité, c’est qu’ils ont moins d’enfants que la moyenne parce que sur le plan du droit du travail, c’est compliqué de faire jouer les enfants ! Il y a un bébé, un enfant, et les adolescents sont joués par de jeunes adultes.

Il y a des couples de tous les âges ?

Oui, comme dans la vie. Il y a des couples de tous les âges où les gens ont plutôt tendance à être avec des gens plus ou moins de leur âge à dix ou quinze ans près… Ça ressemble beaucoup à la vie parce que PBLV raconte la vie. Il y a des couples d’ados qui sont au lycée, des jeunes adultes qui rentrent dans la vie active, des trentenaires et des quadras qui commencent à avoir une famille… Puis des gens dont les enfants sont déjà partis etc., jusqu’au troisième âge. L’un des couples phares de la série est un couple homosexuel, PBLV a été la première série française où il y a eu un mariage homosexuel. Il y a aussi l’un des couples homosexuels qui a adopté des adolescents.

En somme, des couples « normaux » comme dans la vie, en plus accéléré. Vous coordonnez l’écriture du scénario de PBLV mais vous êtes nombreux à intervenir : comment traite-t-on du couple à plusieurs ?

Actuellement, l’équipe d’écriture compte vingt-cinq personnes dont la moitié fait les dialogues. Il y a, au préalable, des traces d’histoires qui sont souvent imaginées par moi ou par d’autres auteurs qui en discutent avec moi. Après, c’est validé au cours de discussion avec la chaîne, la production. Des histoires telles que la rencontre, la crise, le désir d’enfant ou la séparation d’un couple sont des choses sérieuses, mûrement réfléchies… Ça n’est pas une affaire qui se fait à deux… C’est une affaire qui se fait à trente ! Après, les auteurs n’ont qu’à rendre crédibles des situations qui ont été imaginées par les auteurs principaux de la série.

Parfois aussi, les histoires d’amour ne sont là que pour faire vivre d’autres grandes histoires. Se pose alors la question : comment introduire un nouveau personnage, que ce soit un salopard ou quelqu’un de bien ? Il y a plusieurs possibilités : par le biais du travail, par le biais de relations familiales. Mais le plus facile, pour lui donner une existence, pour qu’on puisse s’intéresser à lui, c’est qu’un des personnages déjà installé en tombe amoureux. À partir de là, ça permet de révéler un nouveau personnage. Une fois qu’il a vécu son histoire d’amour, soit on est convaincu par lui et par le comédien et donc on le garde, et l’histoire d’amour va perdurer, ou bien l’histoire d’amour ne va pas durer et le personnage s’en va.

Travail, famille, amour : les trois piliers de PBLV ?

Oui parce que c’est très difficile de s’intéresser à quelqu’un de nouveau s’il n’est pas relié, en interaction avec des personnages qu’on connaît déjà. Donc, c’est comment on fait société. Parce que la question fondamentale de PBLV c’est : comment on fait pour vivre ensemble ? Évidemment, c’est aussi la question de comment on fait pour s’aimer avec nos différences, nos tensions… Mais aussi comment on fait pour ne pas s’aimer ? Mais dans PBLV, il n’y a pas que des couples classiques. Actuellement on est en train de construire un triangle.

Expliquez-nous ça !

C’est une femme qui est amoureuse de deux hommes. C’est un personnage qui est là depuis longtemps. Elle a eu une histoire assez longue avec un premier personnage qui est toujours là… Ensuite ils se sont séparés… Elle a reconstruit sa vie pendant des années avec un autre personnage qui est toujours là… Et là, elle retombe amoureuse du premier, mais elle aime toujours le deuxième ! Donc on est en train de voir comment on peut vivre à trois.

Une modalité moderne du « faire couple » à trois.

Oui, il y aussi des personnages qui n’arrivent pas à être en couple… Les gens regardent PBLV un peu comme un miroir, donc la déclinaison de tous les états amoureux fait partie de l’ADN de la série. C’est aussi pour ça que les gens la regardent, c’est pour qu’on leur raconte des histoires d’amour qui tournent bien, d’autres qui tournent mal…

Les histoires d’amour qui tournent trop bien, qui ronronnent, ne sont peut-être pas les plus intéressantes ?

Voilà ! C’est vrai que quand un couple marche trop bien, on ne le montre pas à l’image. Ça continue « off », on voit les personnages, mais on les voit peu en couple. En fait les couples, ça ne devient intéressant que quand il y a des tensions, que quand ça va mal !

Quel est votre point de vue de scénariste là-dessus ?

Le roman a longtemps été le genre fictionnel dominant, mais l’écriture théâtrale, les scénarios, ont des mécanismes narratifs foncièrement différents. On ne peut pas parler de l’intériorité des personnages, on est obligé de montrer, de les faire parler. L’action commence quand le personnage se met à parler. Les personnages doivent s’opposer ; s’ils sont juste heureux, il n’y a pas d’enjeu, pas de séquence. Les couples sans conflit n’ont rien à raconter ! Pour qu’il y ait une séquence, il faut un conflit, une progression et on finit par une résolution. Quand on imagine une histoire, la première question c’est : pourquoi je commence là ? Quel est le conflit qui fait démarrer l’histoire ? PBLV a commencé à se raconter parce qu’il y avait un conflit. Le cœur d’une série c’est le conflit !

Interview réalisée par Dominique Szulzynger 

[1]    Plus Belle La Vie

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