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Les bals de pureté, rencontre avec le photographe David Magnusson

Auteur : 27/09/2015 0 comments 741 vues

Point de relations sexuelles avant le mariage… Avec la série Pureté, le photographe David Magnusson immortalise les instants de ces cérémonies américaines, les Purity Balls.

Que signifie pour vous « Faire couple » ?

Je dirai que faire couple est quelque chose qui est convenu entre deux personnes, à la base. Quelque chose de mutuellement convenu entre deux êtres humains.

Comment entendez-vous le sous-titre du thème des Journées de l’ECF « Liaisons inconscientes » ?

Ce qui me vient en tête, c’est la littérature Pulp fiction des années 70. Cela évoque quelque chose de tout à fait freudien, mais pas un sens particulier. Ce n’est pas un terme que j’utiliserais. Je suis sûr que nous avons tous ce genre d’attachements inconscients aux autres mais d’où cela provient-il ? C’est un domaine très intéressant à explorer – ce que vous allez faire au cours de votre événement. Et je dirai que, pour moi, cela me fait penser à un couple de cinéma ou de littérature. Ça ressemble à une citation ou un titre de roman ou de film.

Quels sont les risques qui guettent le couple, d’après vous ? 

Je dirai le manque de communication. Je crois que la communication est essentielle, c’est la clé et, pour revenir à la première question, si le couple est quelque chose de convenu entre deux personnes, alors ces personnes doivent avoir une compréhension claire de ce qui a été convenu.

Votre série de photographies exposée à la Villa Noailles, à Hyères, est une « interprétation » du couple puisqu’il s’agit de portraits en pieds de « couples » père-fille. Parlez-nous de ce travail, de sa genèse, de sa réalisation, des réactions qu’il a suscitées…

Dans la série Pureté, j’ai photographié des jeunes filles qui ont participé, auprès de leurs pères, aux bals de pureté (Purity Balls), aux Etats-Unis. Il s’agit d’une cérémonie au cours de laquelle les filles promettent de ne pas avoir des relations sexuelles avant le mariage. Quand j’ai entendu parler de cela pour la première fois, j’ai trouvé ça tout à fait étrange. J’imaginais des pères terrifiés, faisant tout pour protéger une sorte d’honneur de famille. Mais j’étais aussi fasciné par ce phénomène et notamment par sa ressemblance avec les cérémonies traditionnelles du mariage. Si bien que j’ai commencé à lire tout ce que je trouvais sur ces filles. Finalement j’ai compris que les pères essayaient tout simplement d’appliquer ce que leur dictait leur culture et leur religion pour protéger au mieux celles qu’ils aimaient.

C’était les filles elles-mêmes qui prenaient l’initiative de participer aux bals de pureté. Parfois, les pères invités ne savaient même pas en quoi consistait ces cérémonies. Alors, plus j’apprenais, plus j’étais surpris de voir combien j’avais jugé hâtivement des gens sur lesquels j’ignorais tout. Et j’étais frappé de constater que ce qui nous sépare n’est rien d’autre que l’influence de la culture dans laquelle on a grandi et les valeurs qu’elle nous a inculquées. J’étais surpris par mes propres préjugés. J’avais eu des idées arrêtées sur ce phénomène sans avoir entendu un seul mot de ce que ces gens avaient à en dire.

Alors, moi qui viens de Suède – un des pays le plus vieux du monde – j’ai voulu, avec ce travail, défier mes propres préjugés et essayer de comprendre quelque chose de très étrange. Sans tirer aucune conclusion. Simplement pour explorer comment notre histoire et nos valeurs influencent nos réactions face à ce que nous rencontrons de nouveau. J’ai voulu photographier une série de portraits destinés à être si beaux que les filles et les pères eux-mêmes pourraient en être fiers comme ils sont fiers de leurs décisions.

Pureté est donc un projet dont le but est de nous faire réfléchir à la manière dont nous sommes façonnés par notre société et comment nous interagissons avec le monde à travers le filtre de nos valeurs sociales. La signification des photos est notre interprétation ; c’est quelque chose de très subjectif. Elle varie avec celui qui regarde. Alors, pour faire un lien avec votre événement, je ne considérerai pas ces binômes père-fille comme des couples – surtout pas dans le sens du couple romantique. C’est quelque chose de différent. Il s’agit de relations parent-enfant, dans un sens. Et comme je l’ai déjà dit pendant les présentations, pour moi, ce projet n’a pas vocation à apporter des réponses. Il est toujours beaucoup plus intéressant d’essayer de comprendre ce qui est très éloigné de notre culture. Cela ne veut pas nécessairement dire être d’accord ; ce sont deux choses différentes.

David Magnusson, né en 1983, vit et travaille à Stockholm, en Suède. Il a étudié à la Nordic School of Photographie Biskops-Arnö. Outre ses projets personnels, il collabore notamment avec Save the Children, TIME Magazine et Svenska Dagbladet.

Sa monographie « Pureté », exposée par Max Ström en mars 2014, a reçu plusieurs prix et a été présentée dans les médias internationaux comme TIME Magazine, Los Angeles Times, Huffington Post, Der Spiegel, Stern, La Republica et The Daily Mail. Nous l’avons découverte lors de son exposition à la Villa Noailles, à Hyères dans le Var.

Les propos de l’entretien ont été recueillis par Patrick Roux.

Traduction : Ana-Marija Kroker, relecture : Pamela King.

 

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