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L’épopée d’un couple. À propos de Un homme un vrai des frères Larrieu, par Vanessa Sudreau

Auteur : 04/10/2015 0 comments 591 vues

Avec Un Homme un vrai, les frères Larrieu nous invitent, entre fiction et vérité, entre fantasme et rencontre, à approcher ce qui fait couple.

Lui, c’est Boris (Mathieu Amalric), un artiste qui peine à boucler ses scénarios. Elle, c’est Marilyne (Hélène Filière), elle assure, bien placée dans sa société. Les frères Larrieu nous font voyager dans les différents âges d’un couple, dans les territoires distincts où ils se trouvent et se perdent. Un homme un vrai est l’épopée d’un couple et de plusieurs aussi bien.

Le film démarre par un film d’entreprise que Boris vient de réaliser à Phone Mac 2 où travaille Marilyne. Ce film publicitaire décalé et lyrique se présente comme un véritable préliminaire, la nature y est centrale, et comme toujours chez les frères Larrieu elle y est synonyme d’érotisme. Il tombe amoureux d’une image, elle aime cette image qu’il fait exister : c’est le coup de foudre. Le soir même elle l’invite chez elle. Dans un temps mythique et suspendu, Boris qui n’était jamais venu avant lui demande « tu n’as pas vu mon pyjama ? » Ils sont ensemble depuis une heure, ils sont ensemble depuis toujours.

On ne verra rien des cinq années qui suivent, tout est dans la scène du pyjama, allégorie de l’installation dans le quotidien.

Nous les retrouvons cinq ans plus tard à Ibiza où Marilyne est toujours busy, alors que la carrière de Boris n’a pas décollé. Rancœurs et amertume sont au premier plan. Marilyne a une aventure, Boris est débordé par la gestion des enfants.

Est-ce le dépaysement ? Dans un sursaut, il se jette – littéralement – à l’eau, décidé à prendre sa vie en main. Quand il arrive à la nage, elle est déjà partie, il doit rester. On les quitte quand ils se quittent. Cinq ans s’écoulent de nouveau et, là encore, nous ne saurons rien de la façon dont chacun s’est débrouillé de la séparation.

Curieux hasard ? Alors qu’il est désormais alpiniste, Ris, qui a perdu quelques lettres à son prénom, accueille Marilyne devenue Mary ; elle en a perdu aussi. C’est encore eux, plus tout à fait, à moins que ce ne soit d’autres qu’eux… Nouveau décors, la vallée du Lavedan, fin fond des Pyrénées. Et l’accouplement des coqs de Bruyère.

Alors que le premier soir ils avaient l’impression de se connaître depuis toujours, lors de leurs retrouvailles, le ratage est au cœur du couple, ils ne se reconnaissent pas tout à fait, aussi doivent ils parler, les chansons d’amour ne suffisent plus.

Boris rabaissé (à Paris), humilié (Ibiza), renaît dans les Pyrénées. Mais à quoi bon si elle ne le voit pas ? Un acte manqué fera céder son armure de fierté. Il vacille et repart vers elle sans assurance, mais décidé. Celle qu’il retrouvera n’est plus tout à fait la Marilyne du début, star hollywoodienne filmée au ralenti. Quand ils font l’amour de nouveau, « c’est toujours la première fois »[1]. Alors, happy end ? Ou allégorie du couple dans la durée ? Qu’est-ce qu’un couple qui dure ? Est-il toujours le même ? Les frères Larrieu portent à l’écran le travail du couple, ses crises, ses moments fondateurs. Entre mythes et fantasme, l’histoire continue, elle reprend, ils n’ont pas fini de se faire du cinéma…

[1] Chanson du film par Philippe Katerine

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