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Le petit théâtre d’une vie … Entretien avec Jean-Claude Caron, acteur, comédien

Auteur : 31/05/2015 0 comments 964 vues

BORDS DE SCÈNE

Michèle Dufour : Avec quoi ou avec qui avez-vous fait couple dans votre parcours de vie, d’homme de théâtre et de cinéma ?

J’ai découvert l’art dramatique vers 21 ans, en voulant prendre des cours de chant, et comme il n’y avait plus de places, je me suis dit dit : « Tiens ! Je vais voir ce qui se passe au cours de théâtre » et puis j’y suis resté.

J’aimais bien chanter, j’ai toujours aimé la musique mais c’est le théâtre qui m’a retenu. Puis, grâce au cours d’art dramatique, à Paris, en 1965, j’ai fait la découverte de la littérature à partir de la poésie parce que j’étais amené à dire des poèmes au cabaret Le Club des poètes

Qu’est-ce qui vous a amené à faire tel choix plutôt que tel autre ?

C’est davantage les mots, le texte, la poésie qui m’intéressent. J’ai eu la chance de travailler assez vite, dans la compagnie Barrault en 1969 et puis tout s’est enchaîné.

Donc ce fut le théâtre en premier lieu avec des textes et des auteurs qui vous ont marqué ?

J’ai fait beaucoup plus de théâtre qu’autre chose et une dizaine d’années de télé dans une série populaire, Navarro, jusqu’en 2005. Ici, dans le Lot, j’ai monté un spectacle à partir de toutes les pièces de Tchekhov. Et bien sûr, il y a mon amour pour Claudel, et pour Rabelais, que j’ai découvert en jouant avec Barrault, mais aussi pour Michaud, Céline, un souvenir d’enfance avec Emile Verhaeren, puis Beckett… En attendant Godot : quelle merveille !

Au-delà de votre amour des mots, quelle importance accordez-vous à la voix et au corps dans l’expression artistique ?

À mon avis, ce n’est pas la voix qui passe en premier quand vous travaillez un personnage. C’est d’abord d’essayer de le comprendre complètement et de le devenir. Je pense que le goût de l’acteur arrive par besoin d’amour et de reconnaissance. Je crois que l’on est content d’être un autre, de ne pas se satisfaire de son état, de sa condition, de ce que l’on croit être et puis de découvrir d’autres horizons, d’éprouver des sentiments que l’on n’a jamais éprouvés. Et puis peu à peu, au fil du temps, c’est l’amour du style qui vient… J’adore Claudel, je peux aimer Arrabal, Topor, Wolinski, Céline mais Claudel reste Claudel. Vous savez, quand j’étais môme – et je ne suis pas le seul -, on regardait les magazines de cinéma en se disant « Ah ! Les acteurs… » Mais avant cela, j’aimais aussi chanter dans la cour du collège…

Au fond, vous êtes sensible, non seulement aux mots, mais aussi à leur sonorité ?
Oui. Tout s’imbrique. C’est intéressant ce que vous dîtes par rapport au son, parce qu’au théâtre il faut incarner le personnage avec son corps et le transmettre grâce à son goût pour la parole et les mots… Tout cela fait partie du travail de comédien, sinon on est mime. Ce n’est pas pareil.

 

Au fond, il y a un nouage entre le goût des mots, la voix et le corps dans votre rencontre avec les textes de théâtre et leur mise en scène ?

Je me suis souvenu beaucoup plus tard, il y a peut-être 10 ans – j’avais mis complètement entre parenthèses cette période de ma vie – que mon grand-père était régisseur de théâtre en province. Il travaillait comme comptable et, le soir, il était chef machiniste. Il habitait à côté du théâtre, dans le bâtiment adjacent…

Une nuit, je m’étais levé, j’avais regardé à travers une petite fenêtre bleue, et j’avais vu une scène qui devait être du Feydeau : il y avait un lit, des dentelles…

On avait dû me sortir de là.

Je me souviens de la petite loge que mon grand-père avait à côté de la scène avec tout son bazar.

Tout ça, je l’ai oublié quand j’ai eu envie de faire du théâtre.
Et mon grand-père chantait à table ! Le dimanche, en province, dans le Nord-Pas de Calais, après le repas du dimanche, tout le monde chante. C’est obligatoire. Mon père chantait, chacun devait chanter son truc. C’était mignon.

C’est très amusant que l’on se voit aujourd’hui. Il y a longtemps que j’ai en tête un des airs qu’il chantait, c’est le Pagliacci (Paillasse), l’opéra de Leoncavallo. J’ai une envie aujourd’hui : c’est de monter cet opéra.

Voyez… On retrouve tout : le théâtre du grand-père, paillasse, le clown, parce que j’ai été clown momentanément dans un spectacle de cirque théâtral, le goût pour les mots, le goût pour le clown, le cirque et on arrive à 71 ans avec tout ça…

Pavarotti « No, pagliaccio non son » Pagliacci : https://www.youtube.com/watch?v=sUe2OnXIBEg

Et Pavarotti – Vesti La Giubba : https://www.youtube.com/watch?v=Z0PMq4XGtZ4

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