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Le Nouvel An en Chine : une épreuve pour les célibataires ?, par Li Feng*

Auteur : 13/09/2015 0 comments 471 vues

La Chine a beaucoup changé au cours du  XXe siècle, autant au niveau de la structure sociale qu’au niveau de l’espace symbolique. Mais certaines choses restent presque les mêmes, surtout dans le domaine familial.

Le Nouvel An chinois, appelé en Chine le Festival du printemps, est la fête la plus importante pour les Chinois, qui caractérise  l’attitude à l’égard de la famille.  Peu importe la classe sociale et le type de travail, tous les gens rentrent chez  eux pour passer ce moment heureux dans la famille réunie.

Mais, pour les jeunes célibataires, c’est vraiment un moment éprouvant et il faut développer des stratégies pour supporter la pression des parents pour le mariage, parents très soucieux de l’avenir de ses enfants et en même temps, de la façade de la famille. Ceux-ci bombardent les jeunes célibataires d’interrogatoires concernant le mariage, surtout quand ces derniers dépassent un certain âge.

A l’occasion de la réunion familiale, face à ces interrogatoires, la méthode la plus couramment utilisée est d’attirer l’attention de ses proches sur d’autres choses. Cependant elle échoue souvent. La technique la plus récente et la plus efficace est de « louer » une petite amie ou un petit ami sur Internet  pour rentrer ensemble chez soi et passer tranquillement le Nouvel An chinois.

Habituellement, quand on loue quelque chose, il faut d’abord établir un contrat détaillé pour préciser les termes. Par exemple, pendant combien de jours  elle/il se comporte en tant qu’amant(e) ? Comment acquitter les frais exigés ?  Dans quelle occasion et dans quelle mesure on peut s’embrasser ou caresser librement le corps du partenaire ?

Il faut préciser « dormir » (ou pas)  la nuit ensemble. De plus, il faut prévoir le rôle que  devra tenir l’employé(e), soit un personnage charmant, soit un personnage difficile, selon les exigences de l’employeur.

On peut sentir ici une angoisse profonde qui pousse les célibataires à chercher une solution provisoire comme celle-là. Il apparaît que faire couple en Chine n’est pas une question de désir. Cela concerne plutôt les intérêts généraux de la famille. Dans la tradition confucéenne, pour les parents, aider ses enfants à faire couple ou mieux : entrer dans le mariage,  c’est une tâche, même une mission à accomplir. Pour les enfants, faire couple est la preuve de leur piété filiale.

A ce niveau d’interaction, on voit que prime la dimension de la demande quand les parents s’efforcent de remplir leurs obligations et de faire du bien à leurs enfants, comme l’achat d’une maison, d’une voiture etc., tandis que les enfants se cassent la tête pour trouver une solution même provisoire qui permet de satisfaire la demande exigeante de leurs parents.

Si l’enfant ne réussit pas, sa piété filiale est mise en doute. Cela  provoque une angoisse insupportable.

On doit dire que dans cet espace symbolique, la dimension du désir est le plus souvent voilée sous la forme de demande exigeante, parce que le statut de l’individuel ou celui de l’autre n’est pas vraiment reconnu face à un Autre tout-puissant qui croit toujours faire du bien à ses enfants. Cependant, dans la perspective psychanalytique, il faut juste se méfier de ses bonnes intentions pour que le désir se forme dans l’au-delà de la demande, et pour que le Nouvel An chinois cesse d’être une épreuve pour les jeunes célibataires.

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