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les versions du couple, entretien avec Marie-Laure Vautrin, sociologue.

Auteur : 25/10/2015 0 comments 640 vues

Marie-Laure Vautrin est chargée de mission départementale en Moselle et  travaille sur la thématique de l’égalité des hommes et des femmes.

Que signifie pour vous « faire couple » ?

Faire couple ce n’est pas s’enfermer dans des rôles déterminés, dans des normes que la société impose. C’est d’abord apprendre à communiquer. Or ces normes enferment les femmes et les hommes. Les hommes sont parfois en demande d’une place différente, à condition que les femmes leur laissent, et qu’elles apprennent à lâcher prise. D’où l’importance d’une éducation non stéréotypée des enfants. Mais nous sommes encore dans une société patriarcale, avec le poids de l’histoire, le poids des religions et même le poids du droit. Le pater familial est dans le droit romain par exemple, et le droit de la famille était encore sous le poids de la domination masculine. C’est moins le cas aujourd’hui mais, ce n’est que très récemment que les femmes sont passées de l’autorité du père à l’autorité du mari. L’autorisation des femmes pour travailler sans l’autorisation du conjoint c’était 1965. Nous constatons que même dans les couples où il y a une répartition sexuée plus égalitaire des tâches, certaines études montrent qu’il y a toujours une répartition sexuée. C’est-à-dire que les pères vont être, par exemple, plus sur l’accompagnement des enfants dans les loisirs. Et les mères vont être davantage sur le soin apporté aux enfants. Cependant, il y a aujourd’hui une demande des hommes d’être reconnus dans leur fonction paternelle. Votre question est même bien plus large que femme / homme, elle est aussi liée à la question des transgenres à prendre en considération. Et là on se rend compte qu’on en est loin quand même ! Quand on voit toutes les manifestations qu’il y a eu contre le mariage homosexuel ! Le couple, c’est un couple hétérosexuel, mais aussi un couple homosexuel. En même temps, ça m’interpelle parce que je me rends compte que dans la réponse que je vous fais, je n’imaginais pas être sur un modèle de couple avec enfants. Le couple peut aussi faire couple sans enfants, ce qui est encore très mal vu dans notre société.

Il y aurait plusieurs versions du couple ?

Il n’y a pas de modèle unique de couple, et chacun a ses normes et ses valeurs, les miennes sont du côté du couple homme / femme et parental. Mais il y a aussi le couple amoureux, le couple hétéro normé, le couple homosexuel, et le couple d’amants. Et un couple c’est d’abord une rencontre, une vie sexuelle avec son partenaire, et la recherche d’un fonctionnement entre guillemets, même si le terme n’est pas très joli en matière de sexualité. Il y a des couples qui acceptent d’avoir une sexualité libre en parallèle, sans remise en question de la relation. Cela suppose que les choses soient négociées et acceptées par l’un et l’autre. C’est possible et c’est compliqué. Répondre à votre question me renvoie aussi à mon expérience personnelle. Faire couple c’est aussi accepter la différence de l’autre, et c’est apprendre à accepter l’histoire familiale de chacun, parce que nous sommes tous issus de modèles éducatifs différents, d’histoires familiales différentes. Cela joue dans sa façon de faire couple. En ce qui me concerne, j’avais un père qui était très autoritaire, et à la fois très présent, et aimant. Ça donne des caractères, des tempéraments, et même des façons d’être que nous sommes contraints de confronter à un moment, et qui nécessitent d’être mis en mots. Pour moi c’est aussi prendre du recul et se remettre en cause par rapport à ce qu’on a vécu. Faire couple c’est aussi être en capacité de donner et d’exprimer ses émotions. Et ceci, on ne nous l’apprend pas. Nous sommes marqués par notre histoire de vie, ce qu’en sociologie on appelle les nœuds biographiques. La difficulté est de trouver sa voie, ne pas être en opposition ou en reproduction de la façon de faire ou d’être de nos parents. C’est compliqué de trouver son chemin à soi.

Qu’est-ce qui permet de trouver ce chemin ?

L’amour, qui se construit. Mais les filles et les femmes sont souvent éduquées et élevées dans l’idée du prince charmant, qui est du côté à la fois de la passion et du couple familial qui doit durer. La notion du temps est compliquée parce que l’amour s’érode. Il faut peut-être alors apprendre à s’aimer autrement. Pour moi, la passion se transforme en autre chose. Et faire couple c’est aussi de la tendresse. Et aujourd’hui un couple ne s’inscrit pas nécessairement dans la durée. C’est une réalité de l’époque. Faire couple c’est aussi des divorces et des familles recomposées, ce qui complique la chose, et ce n’est déjà pas simple ! La passion c’est le couple fusionnel, cela m’évoque la violence conjugale, notamment l’indistinction entre les conflits et les violences conjugales, dans lesquelles la situation est verticale, avec un dominant dans une position d’emprise sur son conjoint. Alors que dans un couple, on est dans une situation latérale. Même si un couple qui ne s’engueule pas, c’est presque bizarre ! Je ne vois pas comment il n’y aurait pas de conflits. Il y a nécessairement de la négociation, de la discussion et des paroles. Un couple sans parole finit pas vivre conjointement mais séparé. En même temps faire couple quand on a des enfants, c’est trouver des moments pour le couple, faire des choses rien que pour deux. Je me souviens de la première fois où nous sommes repartis en vacances tous les deux, pour trois jours, très rapidement ça a été très dur ! Ce qui est lié à ce que mes parents ont fait de moi, je me rends bien compte que la question de la famille est très importante pour moi. Nous étions quatre filles, j’ai trois garçons, et j’ai rarement vécu seule. D’où peut-être l’importance du côté grégaire qui implique que j’ai du mal à dissocier la notion de couple de celle de famille.

Propos recueillis par David Sellem et Djamila Ammar

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