content detail

Le couple en couplets Par Christine Maugin

Auteur : 23/09/2015 0 comments 2046 vues

Roméo et Juliette, revisité par Grand Corps Malade [1], voilà une belle traduction, actualisée et d’actualité. Même si Shakespeare avait écrit une fin plus triste, ne laissant pas vivre cet amour dit impossible, ces Roméo et Juliette ne se laissent pas freiner par les interdits parentaux. L’amour, dans sa dimension où le désir donne des ailes et permet l’invention, l’ouverture des possibles, donne le courage de laisser vivre leur liaison.

« Mais Juliette et Roméo changent l’histoire et se tirent

À croire qu’ils s’aiment plus à la vie qu’à la mort

Pas de fiole de cyanure, n’en déplaise à Shakespeare

Car l’amour a ses horizons que les poisons ignorent. […]

« Alors ils mentent à leurs familles, ils s’organisent comme des pros,

S’il n’y a pas de lieux pour leur amour, ils se fabriquent un décor

Ils s’aiment au cinéma, chez des amis, dans le métro

Car l’amour a ses maisons que les darons ignorent »

 

Tout autre est la version du couple dans « Brandt Rapsodie » de Benjamin Biolay [2]. Alors que le couple y est décrit comme enflammé, passionné dans les premiers instants …

« Il faut qu’on se revoit.

Tu sais depuis mardi j’ai beaucoup pensé à toi.

J’ai passé une nuit délicieuse même si j’ai un peu la migraine.

Tu es belle quand tu es odieuse…

Parce que je t’aime, parce que tu me rends heureux.

Parce que des fleurs dans une cuisine c’est joli. ».

…l’annonce de l’arrivée de l’enfant fait tourner l’affaire vers une fin programmée. À partir des objets partagés, les choses se gâtent, deviennent plus fades.

« Hier soir j’ai oublié de te parler d’un truc important, est-ce que tu peux m’appeler ? Dès que tu te réveilles à n’importe quel moment (important mais pas grave). […]

Mon amour ne m’attend pas ce soir, j’ai pas mal de boulot, je risque de rentrer tard. Je crois qu’il doit rester une demie pizza quelque part, mais vérifie la date sur la boîte. […]

À payer: EDF/Orange/Abonnement Canal. […] Je trouve plus le chéquier c’est toi qui l’as, non ? Si oui mets-le en évidence dans le salon. »

Pour finir, inexorablement par une séparation du couple – comme les Rita Mitsouko [3] l’avaient chanté précédemment « les histoires d’amour finissent mal en général » -.

« Je te rappelle que tu as un fils qui va à l’école tous les matins et qui aimerait bien prendre son petit déjeuner avec son père de temps en temps. Salut.

La visite est à 16h, il y a encore plein de trucs à toi dans le bureau du fond, tu veux sans doute les récupérer ? »

Maître Gims [4], quant à lui, repère qu’aimer n’est pas toujours partagé mais réciproque, comme Lacan nous l’enseigne, et pose la question de ce que l’on aime en l’autre :

« J’étais censé t’aimer, j’ai cligné des yeux, tu n’étais plus la même … tu me trouvais ennuyeux si je t’aimais à ta manière »

Aimer, être aimé, se faire aimer, l’éternelle ritournelle où deux se lient mais se heurtent à l’impossible du rapport sexuel.

  1. Grand Corps Malade, « Roméo kiffe Juliette », https://youtu.be/RcxRMikZrbY
  2. Benjamin Biolay, « Brandt Rapsodie », https://youtu.be/_mdhpDc4zvM
  3. Rita Mitsouko, « Les Histoires d’A », https://youtu.be/PJs9Ac6CTuM
  4. Maître Gims, « Est-ce que tu m’aimes ?», https://youtu.be/6TpyRE_juyA

About author

Faire Couple

Website: