content detail

L’art du couple cavalier / cheval, par Isabelle Chevrier

Auteur : 08/11/2015 0 comments 707 vues

L’idée qu’un cavalier et son cheval font couple est-elle saugrenue ? Il me semble que la formule de Lacan « Il n’y a pas de rapport sexuel » peut également s’appliquer pour ces deux partenaires. Pas de rapport entre l’homme et le cheval, cela nous apparait d’emblée. Mais le cavalier semble parfois s’y méprendre…

Ainsi, dans l’équitation nommée « de sport », où l’on retrouve toutes les grandes compétitions internationales, l’ensemble cavalier/cheval forme un couple de sportifs de haut niveau. Telle l’illusion de ne faire qu’un dans une reprise de dressage, comme une danse où les mouvements se confondent, les allures du cheval semblant être un prolongement du corps du cavalier. Mais ils ne font qu’un que parce qu’ils sont deux. Le terme partenaire s’applique alors pour ce couple imaginaire… Cependant, jamais deux sans trois ; en filigrane, souvent invisible, le groom gère la monture. C’est l’exemple, dans ce couple à trois, du cavalier français Kevin Staut[1], la jument Silvana de Hus, et la groom. Qui fait couple avec qui ? Le cavalier avec son cheval ? Ou avec le groom ? Imaginons aussi l’inverse, le groom faisant couple avec le cheval. Telle la rumeur de Jappeloup de Luze faisant plus couple avec sa groom, et son cavalier Pierre Durand, champion olympique. Ce scénario à trois n’est sûrement pas sans engendrer des problèmes de communication, comme dans tout couple ! Le divorce n’est parfois pas très loin.

Dans l’équitation « éthologique », (où le cavalier tient compte de la nature du cheval, et c’est lui qui s’adapte à l’animal), c’est l’illusion du couple homme/cheval en parfaite harmonie, tels Okies et Andy Booth[2] : d’un regard, le cheval comprend son partenaire, ils courent côte à côte, regardent dans la même direction, bref le couple parfait. Soit disant, car c’est sans compter les heures de réglage à l’autre, les incompréhensions, les frustrations et les tensions !

Enfin, dans l’équitation de « Petit Niveau », nous retrouvons aisément tout un discours amoureux : du poney aimé et adoré par l’enfant (« c’est mon préféré, je l’adore »), au  ratage d’un parcours qui amènera soit aux larmes (« il ne m’aime plus, je suis nul »), soit aux coups de cravache en trop lorsque la faute est dans l’autre (« c’est toujours de sa faute, il m’agace, il ne comprend rien »).

Citons Nuno Oliveira, grand maître de l’art équestre au XXe siècle : « On a tendance, de nos jours, à oublier que l’équitation est un art, or l’art n’existe pas sans amour, l’art, c’est la sublimation de la technique par l’amour. »[3]

Lacan situe l’art parmi les plus grandes sublimations. Il me semble que l’équitation à haut niveau, de sport ou éthologique, est à situer au rang des arts, et donc de la voie de la sublimation. Dans un autre style, c’est Bartabas qui a pour habitude d’entremêler des arts : théâtre, musique, danse et équitation. En 2010 au Théâtre de Chaillot à Paris, il met en scène ses chevaux avec le chorégraphe Ko Murobushi, pour donner l’illusion de ne faire qu’un avec le cheval. La pièce se nommait d’ailleurs « Le Centaure et l’animal »[4]. On y retrouve le couple à trois : le danseur, le cheval, et Bartabas. Mais ce couple-là, c’est tout un art !

[1] https://www.youtube.com/watch?v=_kqY88_K9Zs

[2] https://www.youtube.com/watch?v=vj68zDvu4bo

[3] Paroles du maître, Nuno Oliveira, 2007

[4] http://www.bartabas.fr/fr/Bartabas/spectacles-5/Le-centaure-et-l-animal

About author

Faire Couple

Website: