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Fiasco, par Déborah Gutermann-Jacquet

Auteur : 18/10/2015 0 comments 1160 vues

« L’amour c’est ce qui vous met en panne, c’est ce qui vous fait faire fiasco » (Le Séminaire, livre VIII, Le transfert, p. 132)

« L’amour me donna, en 1821, une vertu bien comique : la chasteté », déclare Stendhal avant de faire le récit de cette partie de filles où il manqua la belle Alexandrine. « Fiasco complet » conclut-il, alors qu’il est la risée de ses comparses. Victime de l’amour et de celle qui en est l’objet, Métilde, Stendhal consacrera un article aux fiascos dans De l’Amour et en déclinera les principes généraux avant d’en dresser une typologie savante. Fiasco moral, d’imagination, il est un moment où la mécanique se grippe et où plus rien n’est possible. Premiers rendez-vous et premières fois sont propices. Freud, en 1912, analysait les ressorts de cette impuissance psychique : dès que l’ombre de la mère plane sur l’objet d’amour et le nimbe du spectre de l’inceste, la paralysie se fait jour, incitant à rechercher la satisfaction érotique et sensuelle dans un objet rabaissé.

Il est des fois cependant où la panne est générale et où le dédoublement est inopérant, comme le suggère l’exemple de Stendhal. Freud s’en explique : il suffit qu’un trait, dans l’objet rabaissé, rappelle l’objet idéalisé, qu’une pensée s’immisce, et c’est la panne. Alexandrine était novice, fille de joie de dix-huit ans, Stendhal note qu’elle était « adorable ». Elle n’avait pas beaucoup l’air d’une libertine précise-t-il. Elle ne l’était peut-être pas assez pour autoriser la souillure. Même dans les bordels, l’image de la noblesse d’âme de Métilde hante Stendhal. À l’image de Lucien Leuwen et Mme de Chasteller, il se rencontre, dans l’œuvre stendhalienne, des couples construits sur l’alliance d’un homme impuissant et d’une femme noble. Elles ont de cette fierté qui refroidit les ardeurs et donne une tonalité singulière à la « cristallisation » : si elle décrit le processus par lequel l’idéalisation de l’amour se forme, le terme fait aussi résonner un envers implicite : la pétrification de l’amoureux. Octave de Malivert, anti-héros par excellence, en représente le paradigme.

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