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La revanche d’une blonde, par Éric Zuliani

Auteur : 05/07/2015 0 comments 1053 vues

Des couples de la Ve République, les Chirac sont sans doute ceux chez qui se voient le mieux les destins croisés jusqu’à offrir dans cette décennie un étonnant retournement[i]. C’est, en effet, Bernadette, aujourd’hui qui, exerçant un mandat électif, publiant des mémoires, donnant des interviews, soutenant ce candidat à l’élection présidentielle plutôt qu’un autre, continue de porter en politique le nom de Chirac au côté d’un homme affaibli qu’elle ne manque jamais de moquer. Si Bernadette s’est mariée avec Jacques, reste à savoir avec quoi elle fait couple pour qu’un tel tandem roule encore aujourd’hui.

Comme elle le dit à propos de sa rencontre avec Jacques à Sciences po, « rien ne m’a séduit chez cet homme ». C’est sur un malentendu que ce fils d’enseignant radical de gauche aborde cette grande bourgeoise qu’il pensait déterminée, à qui, timide, on avait conseillé de lever la main la première lors d’un oral. Elle, ne remarqua que ses longues jambes toujours en mouvement, se demandant s’il prenait trop de café où se droguait. Elle ne se soucia pas plus des étudiantes qui virevoltaient autour de lui. On comprend que Bernadette fit couple pas tant avec Jacques – exigeant qu’il la vouvoya toujours –, mais avec ce qu’elle perçut de manière divinatoire de son inconscient à elle, à travers l’étoffe de paille qui habillait maintenant cet homme pressé : « Je voulais construire avec lui quelque chose d’exceptionnel […] une réussite. » Mais il fallait supporter cet « ogre », ne pas être « écrasée par ce bulldozer », respecter ses habitudes de fils unique, supporter son langage fleuri façon bad boy collant si mal avec les manières de sa famille les Chodron de Courcel, fermer les yeux sur ses infidélités, sûre d’être son « point fixe » comme lui avait fait remarquer son père. Plus qu’un homme, elle avait épousé un destin français, devenant tour à tour femme de parlementaire, de ministre, de Premier ministre et de Président.

Si elle se compare volontiers à une moule sur son rocher, à un wagon accroché à une locomotive, ce n’est pas sans malice qu’elle glisse avoir poussé celle-ci : tortue[ii] qui rira sans doute bien la dernière ! Elle aura su contourner la loi salique[iii] dont les effets ne cessent de se faire sentir dans notre pays malgré l’abolition de la royauté, en ayant elle aussi une carrière politique, se défendre de la légitimité d’un homme de pouvoir à avoir des maîtresses en évoquant ce fait sur la place publique, consentir à l’effacement de sa personne jugée trop ringarde par sa propre fille alors conseillère de son mari pour mieux rebondir.

Il arrive à Jacques, encore aujourd’hui, de lui dire l’ennui qu’elle aurait éprouvé à épouser un autre que lui. Pauvre homme qui ne saura jamais la fonction qu’il occupa pour elle. Certes, premier sur le tandem, mais elle l’orientant d’une doucereuse vacherie : « Pédale Jacquot, pédale »[iv], pour la réussite !

Durant toutes ces années, elle dit s’être amusée, précisant avoir eu une revanche à prendre dont son père semble obscurément en être le point tournant. De cette mystérieuse revanche, on en voit aujourd’hui de subtils rejetons à chaque occasion où elle évoque méchamment son mari. Son soutien à Sarkozy plutôt qu’à Juppé pour les prochaines élections présidentielles en est un dont elle se délecte particulièrement.

[i] Sources : Femmes de Présidents de G. Miller ; Pardonnez-moi, émission de la RTS (Radio Télévision Suisse), « Darius Rochebin reçoit B. Chirac », juin 2014.

[ii] Surnom donné par son mari.

[iii] Loi interdisant aux femmes de succéder sur le trône de France les écartant ainsi du pouvoir.

[iv] B. Chirac, dans le film de G. Miller Femmes de Présidents, reprenant une caricature de son couple installé sur un tandem – lui pédalant et elle, jambes en l’air disant cette phrase –, la cite comme représentant bien son couple.

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