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La guerre des Rose, par Laetitia Billant Bourdet

Auteur : 18/10/2015 0 comments 728 vues

Le film La guerre des Rose est une comédie américaine réalisée par Danny de Vito, dans laquelle les comédiens Kathleen Turner et Michael Douglas se livrent une guerre sans merci, que l’on peut qualifier « d’ultime scène de ménage » puisqu’elle conduit jusqu’à la mort du couple…

Barbara, ancienne gymnaste, et Oliver, étudiant en droit, tombent amoureux l’un de l’autre. Ils se marient rapidement et partent à la conquête de la réussite sociale.

Mais des années plus tard, le confort matériel atteint, les enfants partis, le désir semble s’estomper… Dans ce film, où l’humour voile le réel, est mis en scène le déchirement fatal et mortel d’un couple, le feu d’artifice de la scène de ménage…

Que s’est-il passé pour que ce couple, dont la réussite sociale était le leitmotiv, s’effondre ? Un début de piste peut apparaître par l’usage de deux signifiants répétés dans le film : celui de l’harmonie et celui de la maison.

Dans la première partie du film, la maison est une quête importante pour le couple. Elle incarne leurs idéaux reaganiens d’harmonie. La deuxième partie du film, c’est tout l’envers qui se dévoile : haine, jalousie sauvage, violences. Le signifiant qui cristallise la passion du couple est la maison.

C’est elle qui apparaît comme l’objet du désir. C’est à partir de la fin de l’agencement de cette maison que tout bascule et que se dévoile la disjonction des jouissances dans le couple.

Pour Oliver, elle est comme un symbole phallique, incarnant sa réussite professionnelle en tant qu’avocat d’affaires. Elle est un prolongement de sa propre image idéalisée et de son narcissisme. Pour Barbara, la maison est le pendant féminin de son amour pour son partenaire. C’est elle qui va dénicher la maison, la meubler, la décorer, en prendre soin. La maison avait pour fonction d’incarner son désir ainsi que la place qu’elle occupait dans celui de son mari : celle d’une épouse modèle, aimée et aimante.

Mais une fois la maison finie, le manque vient à manquer. Alors commence le grand charivari ! C’est la fin de l’harmonie tant recherchée !

C’est Barbara qui va être la première marquée par un trouble. Elle ne sait plus quoi faire, ni sur quoi centrer son désir, et elle tente d’opérer un manque en s’inscrivant dans une nouvelle activité, celle « de sa propre affaire » celle de la confection de terrines. Mais cela échoue. Le voile du fantasme se déchire progressivement pour Barbara dans ce que qu’elle semble incarner véritablement pour son partenaire.

Elle cesse alors d’être une « âmoureuse »[1] .

De plus en plus phallique, elle fait l’homme. Par toute une escalade d’actes de plus en plus agressifs et haineux envers Oliver, Barbara semble lui faire payer cette position qu’elle a occupée au cours de toutes ces années auprès de lui.. Captive du fantasme de son partenaire (avoir une belle maison, une belle femme, de beaux enfants…), une fois les enfants partis, Barbara désire travailler, s’occuper d’elle. Satisfaire le désir de son partenaire n’est plus aussi satisfaisant.

Mais Oliver lui rit au nez…

Alors l’affrontement pour ce couple ne va pas se jouer sur la pension alimentaire, la garde des enfants. Sur tout cela, le renoncement est possible mais « tout sauf la maison ! »

C’est la scène de la conciliation entre Barbara et Oliver accompagnés de leurs avocats respectifs qui va mettre le feu aux poudres. C’est pour la garder que la bataille éclate. Elle devient l’enjeu vital, la cause ultime, à laquelle ni l’un ni l’autre n’accepte de renoncer. Mais pour des raisons différentes : Olivier, en Jason qui veut garder son avoir, Barbara, en Médée délaissée, que rien n’arrêtera pour blesser son partenaire et lui faire payer de ne pas avoir fait d’elle la cause de son désir.

Afin de récupérer sa maison, Barbara va aller jusqu’à utiliser l’écrit testamentaire d’Olivier, dans lequel celui-ci avait écrit, de nombreuses années plus tôt : « Tout ce que je suis et tout ce que j’ai, je te le dois ».

C’est cette preuve de leur amour passé que Barbara n’hésite pas à utiliser contre lui. C’est le point de basculement où l’amour se transforme en haine et où la séparation apparaît comme impossible : aucun des deux n’acceptera de vivre sans cette maison. Puisque ni l’un ni l’autre ne consent à montrer son manque et à reconnaître qu’avec la perte de l’amour, une perte symbolique a eu lieu, alors chacun s’accroche à la perte réelle. C’est la seule possibilité de creuser un manque dans l’autre.

Et puisque ni l’un ni l’autre ne renonce… C’est la mort qui les sépare. Ils restent ainsi partenaires à la fois de l’amour et de la haine la plus absolue.

[1]   Lacan J., Le Séminaire, Livre XX, Encore, p.79.

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