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Jeux de voix, à propos de La Vénus à la fourrure de Polanski, par Laetitia Jodeau-Belle

Auteur : 08/09/2015 0 comments 855 vues

 

Polanski nous propose dans son film Vénus à la fourrure, sorti en 2013, sa lecture du texte de Sacher-Masoch à partir de la pièce de David Ives, qui est elle-même lecture du texte premier. Le film se déroule dans un théâtre et le spectateur n’en sort pas. Il a affaire à cette sorte de huis-clos qui confronte Vanda Jourdan (Emmanuelle Seigner, épouse de Polanski), et Thomas (Mathieu Amalric qui devient dans le film le double de Polanski). Chacun de ses personnages évoquent, comme dans un lointain écho, ceux du texte de Sacher Masoch que sont Wanda Von Dunajew et Severine Von Kusiemski.

La scène théâtrale laisse au fur et à mesure place à l’Autre scène où vient à se faire entendre un savoir inconscient – la scène primitive de l’humiliation de Severine par une tante et qui reprend des données autobiographiques de Leopold Sacher-Masoch –, ainsi que les différents termes du fantasme selon une disposition de places particulière que nous retrouvons dans la perversion. Vénus à la fourrure (1870) de l’allemand Leopold Von Sacher-Masoch décrit, dans le menu détail, les fantasmes de l’auteur. Ceux-ci nécessitent une mise en scène sophistiquée où une femme vêtue de fourrures, et élevée à la hauteur d’un idéal nommé Vénus est commandée à réaliser un même scénario répétitif qui organise les conditions de sa jouissance. Il se fait donc l’organisateur des sévices qu’il reçoit. Le masochiste cherche à faire apparaître l’objet a au champ de l’Autre, avec son propre consentement, ici la voix. Il se fait objet à humilier et se soumettant à la voix de l’autre. Le masochisme n’est pas la victime que l’on croit. Dans son autobiographie, Wanda donne sa version du contrat masochiste : lorsqu’épuisée par la vie familiale, elle refusait de se revêtir de lourdes fourrures, de s’armer d’un fouet pour corriger son mari, alors, il refusait de travailler et menaçait de ne plus faire rentrer l’argent nécessaire à l’équilibre financier de la maison. Contrainte et forcée pas la menace, elle reprenait le fouet et s’ensauvageait de fourrures.

Le film de Polanski repose sur ces jeux d’illusion et de renversements incessants de Vanda en Wanda. La voix se fait douce comme une fourrure puis violente comme un fouet. Thomas s’y soumet, réalisant ici le fantasme masochiste d’incarner l’objet qui viendrait compléter l’Autre et le ferait, enfin, jouir de façon illimitée. C’est un fantasme où une femme consent à occuper, dans le fantasme de cet homme, la place d’une voix, sans doute au prix du sacrifice de la parole d’amour.

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