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«Je vous parle du monde des coeurs brisés» par Patricia Bosquin-Caroz

Auteur : 18/05/2015 0 comments 1069 vues

Interview exclusive avec la Présidente de l’ECF, Patricia Bosquin-Caroz*

 

Faire couple en direct du Musée des coeurs brisés à Mons.

 

Quelle curieuse rencontre que celle d’une association de psychanalyse avec le Musée des coeurs brisés !

Elle prit son départ de l’initiative de quelques-uns, membres montois de l’ACF-Belgique, dont Philippe Hellebois, qui eurent l’idée de cette connexion entre le thème des Journées de l’ECF et ce « Musée des coeurs brisés », installé à Ghlin, dans les alentours de Mons, devenue depuis peu capitale européenne de la culture.

Ce musée itinérant expose la collection artistique du couple croate Olinka Vistica et Drazen Grubisic, dont l’installation initiale à Zagreb a immédiatement attiré l’attention internationale.

Cette exposition s’est notamment exportée à Sarajevo, Berlin, Cap Town, San Francisco, Singapour, Londres, Paris, Amsterdam et …. Ghlin.

Ce que l’on y voit, ce sont des objets souvent quelconques, symboles de ruptures singulières : bicyclette, ours en peluche, disque 33 tours, talons aiguille, mèche de cheveux…

Chaque objet raconte l’histoire d’un amour passé, déçu, perdu, oublié.

Là où l’expo passe, chacun peut participer : en envoyant à son tour un objet et une lettre parlant de lui.

À côté de ce musée, des festivités animaient un ancien parc où l’on avait monté un chapiteau remplaçant pour l’occasion le château d’antan.

C’est sous cette tente de cirque ou de cartomancienne qu’a eu lieu la conférence de l’ACF-B : Quand les couples se brisent.

Jouxtant ce dépôt d’objets, symboles des coeurs brisés, des praticiens de la psychanalyse ont choisi de faire parler des personnages de cinéma ou de mythe antique, des écrivains, des analysants, des conséquences subjectives des ruptures amoureuses.

Le couple, c’est une affaire de coeur, croyez-vous ?

Je dirais que c’est avant tout une affaire d’âme, et donc de corps.

Il ne s’agit pas ici du corps organisme, mais du corps en tant qu’il est affecté par le langage, par les mots qui, à l’occasion, blessent l’âme.

Et ce corps n’est pas le même que l’on soit homme ou femme ; l’un et l’autre ne sont pas affectés de la même manière. Une rupture amoureuse n’a donc pas les mêmes conséquences pour un homme ou pour une femme.

On sait que Freud faisait de la perte d’amour l’équivalent de la castration pour une femme. Avec Lacan et Jacques-Alain Miller, nous lisons la clinique de la rupture amoureuse et ses effets d’affect à partir de la logique de la sexuation telle qu’elle se répartit côté mâle et côté femme.

Constatons simplement que le mode de jouir masculin a affaire à du limité, alors que le féminin est affaire d’illimité. De la sorte, la perte est, pour l’un, localisée, et pour l’autre : infinie.

Dans un cas, elle a à voir avec le symptôme et, dans l’autre, avec le ravage.

Le corps est donc toujours de la partie mais qu’il soit homme ou femme, il pâtit différemment de la blessure d’amour. Freud et Lacan nous ont aussi permis d’appréhender la clinique de la rupture amoureuse avec les repères du diagnostic structural.

Nous savons les conséquences qu’entraînent pour le sujet une perte irrémédiable. Dans le séminaire L’angoisse, Lacan évoque dans le deuil mélancolique l’impossibilité de substituer un nouvel objet d’amour à l’objet perdu. Il est question de perte substituable ou non. Il se peut, pour paraphraser Tausk, qu’une rupture soit une rupture ; une perte, une perte ; un trou !

Un dire qui vous a frappée ?

« Depuis ce soir où j’ai fait votre connaissance, j’ai eu le sentiment d’avoir un trou dans la poitrine par où tout entrait et sortait comme aspiré hors de moi et sans contrôle »[1]

(F. Kafka).

 

*Ce texte a été exposé le samedi 2 mai 2015, au Musée des cœurs brisés à Ghlin près de Mons, l’ACF-Belgique préparait les Journées 45 par une Conversation intitulée « Quand les couples se brisent » avec Patricia-Bosquin-Caroz, Béatrice Brault, Yohan De Schryver, Christophe Dubois, Philippe Hellebois, Catherine Heule, Jean-François Lebrun, Claire Piette.

[1]   Kafka F., Journal, Paris, Grasset, Le Livre de Poche, 1937, trad. Marthe Robert.

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