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Jackie et John Kennedy. Quand la table ronde entre dans le bureau ovale, par Christophe Perrot

Auteur : 18/10/2015 0 comments 885 vues

En confiant au magazine Life, après l’assassinat du Président Kennedy : « Il n’y aura jamais d’autre Camelot »[1], Jackie Kennedy fit de John un héros arthurien. Une exception comme conséquence du meurtre du père révélant aussi la nature courtoise de leur amour.

Chez les Irlandais, c’est l’aîné qui porte le middle name ; pourtant c’est John, le cadet, qui hérita du double Nom-du-Père : Fitzgerald-Kennedy. Éduqué dans la compétition permanente entre enfants, la quête de la perfection fut l’espoir pour John d’obtenir amour et tendresse d’une mère glaciale. C’est pour satisfaire les ambitions politiques du père, et obtenir son amour, que John sera Président. C’est pour égaler ce phallus paternel, infidèle et volage, qu’il déploya une sexualité frénétique, à laquelle ni sa santé fragile, ni son mariage, ni ses enfants ne mirent un terme.

Le mariage ouvrit à John la voie du Sénat et sa structure courtoise lui offrit un compromis idéal. Vivre un amour aristocratique, entrecoupé de campagnes politiques, avec la Première dame, avatar d’une mère vénérée, figure de la Chose – tout en montrant au père qu’il est digne de lui car l’objet ne manque pas. Amour unique pour Jackie contre jouissance roturière, compulsive, illimitée avec ces mères ravalées : actrices, call girls, etc.

Mariée avec le substitut d’un père auquel John ressemble, Jackie réalisait un amour incestuel et préservait son rang, la fortune des Kennedy lui garantissant de pourvoir à ses dépenses somptuaires. Jackie n’était pas jalouse de la castration[2] que John offrait à ses maîtresses, ces « chiennes de la Maison-Blanche »[3]. En effet, n’est-elle pas « la Première First Lady », à la fois icône de la mode et parangon du renouveau artistique de la Maison-Blanche ? Ce fin’amor singulier et anachronique permit à chacune de leurs jouissances de condescendre à leurs désirs respectifs. Se situant à la place de la Chose, ce fut le moyen pour Jackie de se séparer du pénible rapport au désir de sa mère, et pour John de recevoir l’amour du père, réaliser l’amour pour la mère et compenser un rapport narcissique à la jouissance.

Voici un demi-siècle, l’organisation courtoise unissait Jackie et John Kennedy. À l’orée du XXIe siècle, loin d’être une perle baroque brillant au firmament de la psychanalyse, l’amour courtois tel que Jacques Lacan l’a convoqué demeure, pour la psychanalyse, une structure pertinente comme mode de sublimation. Plastique et singulier, l’amour courtois est toujours un mode contemporain d’épiphanie du désir.

[1]  « There will be great presidents again, but there will never be another Camelot ».

[2]  « Ainsi, la jalousie d’une femme vis-à-vis d’une rivale […] s’adresse […] à son désir : qu’un homme puisse donner sa castration à une femme, voila ce qu’elle ne supporte pas » Vinciguerra R-P., Femmes lacaniennes, Paris, Éditions Michèle, 2014, p. 35.

[3]  Meyer-Stabley B., Jackie Kennedy. Pouvoir et Fortune, Paris, Pygmalion, 2013, p. 138.

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