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Interview exclusive avec Guillaume Roy

Auteur : 10/05/2015 0 comments 1707 vues

Vous avez accepté d’animer une chronique intitulée Sur le terrain, quelle est sa visée ? 

Notre terrain, pour en donner une définition minimale, c’est l’institution comme lieu d’adresse d’un sujet quand il fait l’épreuve d’une difficulté ou d’une souffrance dans son existence. Ce lieu a un nom, il est reconnu socialement, et le praticien qui y exerce a une fonction, une place, un savoir-faire à partir desquels il reçoit cette adresse. Ce que je souhaite, c’est que nous allions à la rencontre des femmes et des hommes de terrain pour découvrir comment le thème journées « Faire couple, liaisons inconscientes » résonne avec leur pratique.

Dites nous ce qui s’y prépare ? 

Une équipe de reporters éclairés par la psychanalyse, avec le soutien de Solenne Albert, Audrey Cavernes, Sarah Abitbol et Katty Langelez, va sillonner la France et la Belgique et recueillir de précieux témoignages qui seront publiés dans un format court et percutant. Je peux d’ores et déjà vous dire que des médecins (psychiatre, addictologue, gynécologue), des éducateurs (de la rue au foyer), des enseignants, des responsables d’institutions dans le médico-social ont déjà accepté de répondre à nos questions… Mais chut… J’en dis trop !

Le couple et l’institution : une vieille antienne ou du très actuel ?

A mon avis, c’est un sujet d’actualité. J’en veux pour preuve l’épineuse question de la sexualité dans les établissements de soins psychiatriques. Il faut se rappeler qu’il n’y a pas si longtemps, les hôpitaux n’étaient pas mixtes. Et aujourd’hui, dans le règlement de certains services, la sexualité est proscrite, au nom de la protection des personnes vulnérables. Mais cela sera sans doute de moins en moins le cas. En témoigne un jugement récent de la Cour administrative d’appel de Bordeaux1 qui a donné raison à un patient hospitalisé sans son consentement, qui demandait le retrait d’une disposition du règlement intérieur du service où il était hospitalisé interdisant « les relations de nature sexuelle ».
En dehors de l’aspect juridique, une telle interdiction pose question. Et Sur le terrain va nous donner l’occasion d’apprendre comment certaines institutions accueillent et traitent cette facette du « Faire couple ».

Vous même, travaillez dans un établissement de soin, y aurait-il une vignette/une anecdote qui a éclairé pour vous la circulation particulière de la libido dans l’institution, entre un patient et l’institution, ou encore entre deux patients ?

Le cas d’une patiente m’a interrogé sur la force du lien du couple. Elle était hospitalisée pour un état dépressif sévère. Dans le service où j’exerce – qui reçoit des patients demandant à être hospitalisés – les visites sont autorisées sur avis médical. Il est assez rare que les patients reçoivent des visites quotidiennes : d’une part, peu de membres de la famille ou d’amis ont la possibilité matérielle de venir tous les jours ; d’autre part, je suis attentif au fait que le patient ait le temps de participer aux ateliers et de rencontrer les membres de l’équipe soignante. Lors de l’entretien d’admission, la séparation avec son mari touchait un point particulièrement douloureux pour cette patiente. Elle demandait avec force de pouvoir recevoir des visites quotidiennes. J’ai accédé à sa demande, tout en veillant à ce que les horaires des visites soient compatibles avec les soins. Si je ne l’avais pas fait, elle aurait quitté l’établissement sur le champ. « Faire couple » avec l’établissement et donc se soigner, n’était possible pour elle qu’à condition d’une présence quotidienne – mais limitée – de son mari.

En quoi, selon vous, nos journées s’adressent-elles particulièrement aux intervenants d’un large panel d’institutions, au-delà des psychanalystes ?

Contrairement à un préjugé encore largement répandu, beaucoup de psychanalystes travaillent en institution. A travers les cas présentés et discutés aux Journées, un large public sera intéressé de découvrir comment ces psychanalystes accueillent, écoutent et répondent à la souffrance psychique, en particulier quand le couple est concerné.

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