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Ils sont deux… par François-Michel Pesenti

Auteur : 13/10/2015 0 comments 440 vues

A propos de « faire couple » dans la création

François-Michel Pesenti, metteur en scène, répond à Benoît Kasolter et Elisabeth Pontier

Ils sont deux. Ce n’est pourtant ni la fin ni le commencement de quelque chose. Pas une promesse donc, pas un reste non plus. Etre deux, dans ce cas, pourrait être l’état d’une chose qu’eux mêmes ignorent.

Aussi ce qu’ils disent, ce qu’ils font ne pourrait ne compter que pour peu. Or, ils font et disent. Mais dans une sorte d’orée.

Comme si leurs nécessités personnelles, exécutées chacune l’une après l’autre, volontairement en deçà de toute signification, désignaient la possibilité d’être entre les objets, entre eux-mêmes -l’un à l’autre-, entre soi -de soi à soi-.

En somme, la possibilité de ne pas seulement être entre deux choses mais la mise, comme au jeu, d’être entre et entre.

Ce qui ne veut pas dire être suspendu, ou être dans l’attente ou dans le renoncement. Disons, comme si vivre était autrement que d’être en vie. comme cela doit être.

Aussi, sans que ce soit une méthode, et sans rien commencer de particulier ( n’avons-nous pas dit sans « promesse »?), ne se connaissant pas – et peut-être même ne le voulant- et se privant au nom de cette méconnaissance même de toute interprétation de leurs gestes, engagent-ils ce qui par nature leur appartient : leurs respirations, leurs regards, ce qu’ils entendent, ce qu’ils touchent. Certainement mesurent-ils par là quelque chose de leur commerce à venir. Ils le font à l’orée dont nous parlions tout à l’heure. A l’orée du langage. Ce qui ne se peut.
Ils le font, donc, connaissant cette condamnation, avec moins que ce qu’ils ont pour persister à être vivants. « Le cas n’est pas si rare » dirait Beckett.

Des signes ne manqueront pas de vouloir apparaître. Des signes de communication, de partage, de vouloir dire, de vouloir se dire. Ils devront s’en empêcher. Obstinément.

Ils sont là d’abord pour perdre et, perdant, pour apprendre. La seule responsabilité que nous pouvons leur supposer serait de nous enseigner, d’une façon ou d’une autre, un conditionnel de nous-mêmes. Puisqu’ils  en suppose la possibilité.

D’où qu’ils exigent, au même titre que leurs corps ne seraient pas leurs corps, n’étant plus maintenant devant nous que les fonctions nécessaires à leur commerce, que s’engage, tout pareil, l’irréductible conscience de ce qui ne peut pas aller de soi. C’est à dire que s’engage ce que la conscience sait d’elle même et ce de quoi elle se soupçonne.

D’où aussi, pour cette fois, que tout ce qui entreprendra d’apparaître sera manquant de sa totalité, prélevé et séparé, illisible parce que troué. Non pas du fait de l’usure du temps, ou d’un accident opportun mais du fait de leur volonté nue, de leur volonté obligatoire de se rencontrer sans le luxe de leur complétude.

Que dire encore? Sinon que se risquer à ces tentatives périlleuses c’est, par avance, savoir ne le pouvoir pas. Quand bien même qu’à cet instant personne n’en est sûr. Sûr de rien, c’est ça le truc.

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