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Il n’y a pas de sexe en URSS, par Inga Metrevelli

Auteur : 21/06/2015 0 comments 816 vues

Comment la chute du régime communiste a fait ressurgir les tabous de manière anarchique.

« Il n’ y a pas de sexe en URSS » : l’ancienne plaisanterie confirmait le voile sur la sexualité, dont le mot et la chose même demeuraient dissimulés au sein du discours commun – c’était quelque chose à taire, dont il fallait avoir honte, quelque chose qu’on gardait sous la couverture. La chute du régime communiste, en 1992, a fait ressurgir les tabous de manière anarchique ; tel est le mélange entre les anciennes valeurs et le capitalisme sauvage adopté dans les années 1990. Que devient le couple au cours de cette période chaotique ?

L’idée de famille traditionnelle règne au sein d’une société qui essaye de retrouver ses repères. L’institution du mariage est encore prégnante, mais c’est le projet ou l’arrivée de l’enfant qui forme la famille. Malgré cela, le modèle soviétique, avec la libido mise sous uniforme et le signifiant « tovarich »[1] universel pour les deux sexes, complété de semblants évoquant la pudeur, l’honnêteté, privilégiant conscience et valeur de la famille au prix du désir, a laissé la place à de nouveaux modèles de « faire couple ».

Nous y rencontrons toutes les variations de ce « possible » massif et surmoïque, qui pousse à créer le couple : d’une part, des femmes se présentant sous le semblant phallique classique comme celles qui « n’ont pas » et laissant à leurs partenaires la possibilité de « faire homme », et d’autre part, des femmes se revendiquant de leurs droits selon le modèle occidental. Que reste-t-il à l’homme, sinon à s’adapter à cette grande variété féminine, à partir de ce qui colle le plus avec son propre fantasme ?

Ce processus est une belle illustration du changement dans le champ sexuel, couvert par le brouillard des semblants : « Au regard de la jouissance sexuelle, la femme est en position de ponctuer l’équivalence de la jouissance et du semblant… Il est certainement plus facile à l’homme d’affronter aucun ennemi sur le plan de la rivalité que d’affronter la femme en tant qu’elle est le support de cette vérité, le support de ce qu’il y a de semblant dans le rapport de l’homme à la femme »[2].

[1] Camarade.

[2] Lacan J., Le Séminaire, livre XVIII, D’un discours qui ne serait pas du semblant, Paris, Seuil, p. 34-35.

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