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Hommages collatéraux par Xavier Gommichon

Auteur : 18/05/2015 0 comments 1395 vues

À L’ÉCRAN

La beauté du premier long métrage de Thomas Cailley, Les Combattants, tient à la poésie qui émane tant des personnages que des inventions scénaristiques.
Il met en scène les figures de l’amant, de l’aimée, du père et du désir dans une fable brûlante sur l’amour.

Arnaud, jeune homme incertain, pudique et rêveur, a perdu son père, chef d’entreprise. Lorsque sa mère l’interroge sur son avenir, il pense reprendre, avec son frère Manu, le flambeau paternel. Mais son désir n’y est pas.
Il rencontre Madeleine sur un malentendu, et contracte une dette d’honneur à son égard : pour sauver la face côté mâle, il doit tricher et la mordre.
Il faut dire que Madeleine en impose du côté phallique : garçon manqué et fille unique, son farouche individualisme ne la voue qu’à sa réussite. Le sentiment qu’elle éprouve pour Arnaud se situe entre mépris, curiosité et méfiance. Peu intéressée par les garçons, elle n’est traversée d’aucune question sur le féminin, qu’elle méprise tout autant.

Le partenaire qu’elle cherche, c’est l’hommoinzun, dont Lacan parle dans son Séminaire, l’au moins Un détenteur du phallus, « conforme à l’os qu’il faut à sa jouissance pour qu’elle puisse le ronger » (1). Qu’elle le cherche dans l’armée paraît logique. En apparence.
Car derrière sa quête militaire, Madeleine cache un fantasme de fin du monde. Convaincue d’une prochaine Apocalypse, elle se voit seule survivante grâce au savoir faire des commandos. Manu pense : « Elle est complètement jetée ».
Arnaud aussi, mais devient mordu à son tour. La dinguerie de Madeleine, c’est sa faille, son manque et la cause de son désir à lui.
Quittant mère et frère, il suivra sa belle dans sa quête d’absolu au sein de l’armée de terre, dans l’épaisse forêt landaise.

Et voilà le troisième personnage, le père, incarné par une série de sous-officiers loufoques. Rien ne va plus : face au maître, Madeleine ne peut s’empêcher de vouloir le castrer. Surtout, elle s’avère particulièrement rétive à « l’esprit de corps », vérifiant que son pas-tout à elle ne rentre pas dans l’universel du « pour tout x » qu’il impose.
Si Arnaud y est plus à l’aise, c’est pour tendre la main à son aimée, occupant sa place d’homme là où Madeleine la perd.

La catastrophe survient réellement avec l’incendie final : l’amour surprend Madeleine quand elle ne s’y attend pas. L’amant et l’aimée peuvent alors faire couple, sous l’égide du père mais non sans s’en être débarrassé préalablement.

(1) J. Lacan, D’un discours qui ne serait pas du semblant, Paris, Seuil, p. 25.

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