content detail

Fauve, un collectif qui fait « CORP », par Mathilde Vialade

Auteur : 08/11/2015 0 comments 905 vues

Fauve est un collectif fondé en 2010 en réponse à ce que leurs membres nomment le « blizzard », à entendre comme la dépression et le marasme, « innervant leurs vies quotidiennes respectives de l’époque[i] ».

Leur travail s’adresse à tous, sans jamais déroger au singulier. Leur musique et leurs textes touchent au plus intime de l’être, à ce qui échappe et se répète, à l’écart entre celui ou celle qu’on voudrait être et celui ou celle que nous sommes, à la place parfois difficile à trouver dans ce monde, où le désir peine à se frayer un chemin, où tout se consomme, le temps, les relations aux autres, l’amour, le sexe.

Mais à la noirceur des propos et des existences acides, une lueur transparaît, quand la musique s’envole, quand les chœurs surviennent, quand la voix se fait chant.

À la déroute et autres égarements dans l’existence, au délitement du lien social, à la dislocation de la famille et à la solitude fondamentale, les membres de Fauve ont choisi de ne pas rester seuls. Ou du moins, d’être seuls mais ensemble, en collectif. Seuls, mais pas sans l’autre.

Avec Fauve, faire couple se décline à plusieurs. Tout d’abord dans le collectif, nommé par ses membres « le CORP », regroupant des personnes exerçant dans des domaines variés (musique, texte, photographie, vidéo…) Collectif qui a la particularité de parler d’une seule voix, d’un même nom – lors d’interviews, les membres ne donnent pas leurs identités ou leurs fonctions et répondent au nom de Fauve. Ce collectif a également la particularité d’être « à géométrie variable[ii] », toutes personnes intervenant régulièrement étant considérées comme appartenant au collectif, le « cercle » de Fauve étant ainsi amené à se modifier et à accueillir de nouveaux membres.

Leurs textes évoquent la recherche de partenaire, du partenaire, qui ne se fait jamais sans heurt, avec ses passions et ses écueils, ses espoirs et ses ratés, ses envies et ses impasses – « Et moi / Qui croyait / Que j’étais pas comme il fallait / Qu’il fallait que je tire une croix / que tu voulais plus / Que tu voulais pas / Je me suis perdu / J’ai bu la tasse[iii] ». Le partenaire serait celui ou celle qui viendrait soigner les blessures, apaiser les souffrances – « J’ai besoin de toi comme d’une infirmière / Que tu répares ma tête et mes sentiments qui fonctionnent plus bien que tu refasses mes stocks de sérotonine / Que tu me dises que c’est rien[iv] ».

Mais Fauve ne se limite pas à son « périmètre » ou au partenaire, au deux, toutes les personnes suivant leur travail faisant immédiatement partie de la « famille », devenant ainsi un « vieux frère » ou une « belle ». Être ensemble pour « trouver 100.000 sœurs et 100.000 frères / pour plus jamais être seul dans les cimetières[v] » et pour que les corps s’unissent en étant « des milliards de mains sur des milliards d’épaules[vi] ».

Fauve choisit de faire couple, à deux et surtout à plusieurs, pour dissiper le « blizzard[vii] » et atteindre « les hautes lumières[viii] ».

[i]  Site internet de Fauve : À propos (http://fauvecorp.com/#apropos)

[ii] Site internet de Fauve : À propos (http://fauvecorp.com/#apropos)

[iii]  Fauve, Lettre à Zoé, in Vieux Frères – Partie 1, 2014.

[iv] Fauve, Infirmière, in Vieux Frères – Partie 1, 2014.

[v] Fauve, Les hautes lumières, in Vieux Frères – Partie 2, 2015.

[vi] Fauve, Blizzard, in Blizzard, 2013.

[vii] Fauve, Blizzard, in Blizzard, 2013.

[viii]Fauve, Les hautes lumières, in Vieux Frères – Partie 2, 2015.

About author

Faire Couple

Website: