content detail

Faire couple quand l’un est en prison, rencontre avec l’Association Espace Accueil des Familles 

Auteur : 30/10/2015 0 comments 650 vues

Dans le cadre de cette question de ce qui peut faire couple, nous avons tenté d’en savoir un peu plus sur la situation que vivent des personnes dont l’un des membres du couple se trouve en prison.
 Pour cela nous avons interrogé des bénévoles d’une association « Espace accueil des familles », située à quelques mètres de l’entrée de la maison d’arrêt où sont incarcérés – ou en attente de jugement – les compagnons de femmes auxquelles elles proposent de venir passer un moment de détente, éventuellement avec leurs enfants, avant ou après leur visite au parloir.

Elles souhaitent ainsi offrir un moment de détente et de chaleur humaine à ces femmes, ou ces familles, qu’elles décrivent comme très stressées et fatiguées par le déplacement. De ce fait, elles leur offrent un soutien et se situent sans doute aussi du côté d’un encouragement au maintien du lien avec leur compagnon.

Elles nous ont demandé de respecter leur anonymat et de tenir compte de leurs remarques, notamment en matière d’interprétations qui pourraient avoir pour effet de fragiliser leur action, tant auprès des familles que de l’administration pénitentiaire.

Que pouvez-vous nous dire de ces femmes ?

Les femmes, souvent jeunes, qui fréquentent ce lieu suscitent d’abord notre admiration. Elles se déplacent quelquefois de très loin, alors qu’elles affrontent seules le quotidien, avec des enfants, et qu’elles ont un, ou même deux emplois pour assurer leur subsistance.

Comment pensez-vous qu’elles vivent le lien avec celui qu’elles viennent voir au parloir ?

Lorsqu’elles sont jeunes, quelquefois accompagnées de très petits enfants, elles se trouvent dans une phase de leur histoire que l’on pourrait décrire comme « phase passionnelle » de la constitution d’un lien de couple. Certaines viennent à l’Espace accueil pour se changer et prendre ou reprendre une apparence pouvant les montrer comme toujours désirantes et désirables au compagnon incarcéré. Cela peut être une véritable transformation !

Le lien de couple peut être rompu ou en question, et elles viennent alors pour que leurs enfants voient leur père – accompagné d’un membre d’un service social ou d’un autre membre de la famille. C’est le maintien du lien familial qui est en jeu, alors qu’il n’y a plus, pour elles, de lien de couple.

Ce peut être aussi, pour elles, un lien auquel il n’y a pas d’échappatoire, sans qu’il soit pour autant vécu dans la souffrance, lorsqu’elles font partie d’une communauté, telle que les gitans, ou les yéniches. La prison fait souvent partie de leur histoire. Il peut y avoir un autre membre de leur famille qui est, a été ou ira, en prison. Le lien de couple est une variante des autres liens familiaux. Il est et n’a pas à se constituer ou à s’interrompre.

Elles peuvent aussi vivre un lien dans lequel elles se trouvent quasiment piégées. Certaines sont rejetées et coupées de leur famille, quand ce ne sont pas les deux familles qui les rejettent, les rendant quelquefois responsables de la situation, ou ne leur pardonnant pas qu’elles désirent maintenir le lien avec leur compagnon. Elles sont alors piégées dans ce lien de couple, comme seul lien existant et qu’il devient tout à fait impossible de questionner.

Chacune de ces femmes nous donne sa version de ce qui fait couple pour elle, de ce lien, qu’elles maintiennent, et même auquel elles s’accrochent malgré l’incontournable du mur de la prison, mur qui n’abolit pas, pour elles, ce lien.

Propos recueillis par Marie-France Stoesslé et Sébastien Grethen

About author

Faire Couple

Website: