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Faire couple, liaisons inconscientes ——Passage inévitable ? par Xu Dan

Auteur : 13/09/2015 0 comments 620 vues

La Chine actuelle affiche un taux important de divorces, le nombre de jeunes couples qui se séparent s’accroît en effet d’année en année. Ces jeunes appartiennent à la génération des années 70 et 80, celle de l’enfant unique.

Dans le confucianisme traditionnel, la famille constitue le noyau vital, la filiation est essentielle. Chacun a une place bien définie au sein de sa filiation, chaque membre de la famille a une tâche spécifique. La relation de couple est secondaire puisqu’elle ne prend de valeur qu’au regard de l’intérêt familial. L’homme est représentant de communication avec l’extérieur, tandis que la femme s’occupe des affaires du foyer et du soin des enfants. Cette différenciation de rôle pourrait conduire à un privilège masculin extrême. L’homme constitue le centre de la relation conjugale.

La Chine s’est confrontée à une forte modernisation au début du XXe siècle. La reforme économique et l’ouverture du pays ont transformé la relation de couple. La génération des années 50 maintient l’idée de couple, mais cherche une issue hors du mariage. Fréquenter des maîtresses ou amants constitue un phénomène social actuel. Pour la génération des années 70 et 80, la liaison ne se maintient plus par la force, les problèmes relationnels se répètent. Cette génération se perd dans la recherche de l’amour, la relation de légèreté et l’esprit matérialiste.

Plusieurs raisons expliquent ces phénomènes et le fort taux de séparations : l’accès au travail et l’indépendance financière des femmes exige un nouvel équilibre des rôles et de partage des tâches; la rencontre homme-femme est plus ouverte, tandis que le mariage reste figé comme finalité des rencontres. Le choix de l’époux ou épouse n’est plus formellement imposé par les parents, mais leur désir compte énormément et leur avis influe bien souvent sur le quotidien du jeune couple…

La Chine actuelle doit faire face à la confrontation entre modernité et tradition. La nouvelle génération est chargée de retrouver un « juste milieu » entre les deux. Les éléments multiples sont remis en question. Les actions sont commises avant une stabilité de décision. Ainsi, dans la société actuelle il y a le terme courant utilisé « Zaodong » (Zao, « maniaque » ; Dong, « agité ») pour décrire l’état de l’être et la manière de se conduire des personnes dans le cadre d’une relation.

Les Chinois de la nouvelle génération suivent en quelque sorte machinalement les étapes de la vie programmées collectivement : scolarité, travail, mariage… sans s’interroger sur leur propre subjectivité. Ce temps collectif enveloppe une continuité des premières relations familiales constituées avec l’Autre et prolonge le temps de l’adolescence. Il manque un

temps ralenti et un temps de passage pour s’interroger individuellement, pour s’arrêter et redemarrer. D’où le prix fort des séparations actuelles. Faire couple suppose aujourd’hui de redéfinir sa position entre être traditionnel attaché à l’idéologie confucianiste et être moderne séduit par la liberté et la variation. Il s’agit d’une coordination entre le moi idéal et l’idéal du moi. Ce fait renvoie à la problématique de séparation avec l’Autre parental, voire l’Autre maternel. Comment chaque individu assume son désir, sa disposition est remise en question. Par ailleurs, la transformation des rôles de la femme ainsi que celle de l’homme demande également de reconnaître le statut de la maternité et interroge sur le devenir père.

La difficulté de faire couple dans la Chine actuelle témoigne d’un passage inévitable dans le cadre de la transition historique que vit le pays. Néanmoins, un temps de passage singulier s’interpelle chez chaque individu. La création d’espaces intrapsychiques, pour que chaque sujet retrouve sa frontière et se situe plus confortablement vis-à-vis de sa relation de couple, est primordiale.

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