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La solitude face au pouvoir, entretien avec Philippe Bies, député du Bas-Rhin

Auteur : 30/10/2015 0 comments 658 vues

Philippe Bies est député à l’assemblée nationale depuis 2012, adjoint au maire de Strasbourg, ancien conseiller général. Premier secrétaire de la Fédération PS du Bas-Rhin de 2000 à 2003.

Que vous évoque ce terme de « faire couple « en politique ?

Faire couple, si je me restreins à la sphère politique, c’est presque antinomique. La politique est un exercice très solitaire, quoiqu’en pensent les gens. On a beau être un homme public, le travail se fait seul la plupart du temps.

Faire couple, cela évoque la parité homme / femme qui est devenue le mode de scrutin des dernières élections, mais cela signifie aussi travailler ensemble, à deux, homme / femme mais aussi homme / homme, et, bien sûr, à plusieurs. Peut-on encore dire « faire couple » ?

Avec les progrès de la parité, qui est aujourd’hui attendue quelles que soient les élections, l’engagement progressif des femmes est de plus en plus marquant. On a beaucoup avancé mais il reste encore des progrès à faire. Avoir des femmes élues c’est une chose, leur permettre d’exercer des responsabilités importantes c’en est une autre. Le milieu politique, hélas, reste très machiste. A l’Assemblée nationale, on fait encore des remarques particulières aux femmes qu’on ne fait pas aux hommes. Même s’il y a plus de femmes, il n’y a pas eu énormément de progrès. Il faut continuer à y travailler.

Pouvez-vous nous dire, puisque l’Assemblée n’est pas encore au scrutin paritaire, ce qu’apportent les femmes ?

Il y a ceux qui disent que les femmes apportent quelque chose de différent en politique. Pour ma part je ne le crois pas. Une femme aguerrie en politique peut avoir la même brutalité qu’un homme. Le principe d’égalité ne tient pas au fait que les femmes vaudraient davantage ou agiraient différemment des hommes. Je suis pour le principe de l’égalité, et pas pour le fait de dire que les femmes doivent entrer en politique parce qu’elles sont différentes des hommes.

Aujourd’hui on peut comparer. Dans les assemblées municipales il y a plus de femmes parce que ce sont des élections de listes. Dans les assemblées nationales et au Sénat, il y en a moins, même si on oblige les partis à présenter des candidates. Il va y avoir une moitié de femmes candidates mais pas une moitié de femmes élues. De plus, dans la formation politique que je représente on envoie souvent les femmes dans des secteurs qui ne sont pas les plus porteurs pour nos idées.

Strasbourg est quand même un bel exemple, Catherine Trautmann a été la première femme maire d’une ville de plus de 200 000 habitants. Nous avons été précurseurs dans ce domaine. Eh bien, elle n’a pas agi différemment d’un homme, elle a peut-être même plutôt la réputation d’être une femme à poigne.

Que des femmes s’engagent et prennent des responsabilités, cela devient une certaine normalité. Cela ne choque plus personne. On a bien vu Ségolène Royal en 2007. On aurait pu avoir une femme Président de la république. C’est quand même quelque chose d’assez extraordinaire pour la cause des femmes. Lorsque nous évoquions cette hypothèse, dans notre milieu, pour certains ce n’était pas normal. A chaque étape la cause de l’engagement des femmes avance et cela se fait avec la parité.

Mais faire couple ce n’est pas seulement la parité. J’ai été élu au Conseil général avant la réforme introduisant les binômes, mais j’ai souvent travaillé avec des femmes. J’ai été conseiller technique de Catherine Trautmann quand elle a été maire de Strasbourg. J’ai aussi permis à des femmes d’avoir des responsabilités, en limitant le nombre de mandat que j’exerçais. Au moment des élections législatives, j’ai démissionné du Conseil départemental, et c’est une femme qui a repris mes fonctions exécutives municipales. La plupart du temps, ce sont des femmes qui m’ont succédé.

Il faut que tout le monde joue le jeu et que toutes les occasions qui permettent d’équilibrer les choses soient mises en avant.

Vous voudriez bien revenir sur cette notion de solitude en politique dont vous nous parliez au départ ?

Le monde politique est un monde brutal. Partout où il y a des enjeux de pouvoir les couples se font et se défont, que ce soit personnellement ou professionnellement. Certains pensaient que les femmes auraient pu adoucir ce monde. En fait non, pour ma part je considère qu’elles peuvent être pareilles, que certaines ne se caractérisent pas particulièrement par leur douceur. Le monde politique est un monde assez fermé : de l’extérieur on donne une impression de collectif mais on est relativement seul pour décider des choses. La notion de couple ici a tendance à s’effacer.

Propos recueillis par Isabelle Galland

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