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Faire couple en Chine, c’est d’abord un contrat !, par Hélène de La Bouillerie

Auteur : 13/09/2015 0 comments 698 vues

Les arrangements matériels entre époux constituent le socle du mariage.

En Chine, la question de l’argent est primordiale dans le couple. Quand une fille a 25 ans et qu’elle est célibataire, ses parents lui mettent une pression énorme pour qu’elle se marie, même si les mariages traditionnels arrangés se font plus rares. Aujourd’hui, comme les femmes travaillent beaucoup, elles sont souvent célibataires et n’ont pas le temps de rencontrer un homme. Alors c’est leur mère qui part en quête d’un mari.

Dans les jardins publics de Pékin ou de Shanghai sont organisés de véritables marchés de célibataires, avec des panneaux où sont affichées des petites annonces de célibataires à la recherche d’un conjoint [1] ! Ce ne sont jamais les jeunes qui passent les annonces, ce sont leurs parents souvent à l’insu de leur enfant. Pour les parents, c’est essentiel que le gendre ait une bonne situation, car c’est lui plus tard qui devra les assumer financièrement, le système de retraite ne fonctionnant pas en Chine. Sur les petites annonces figurent principalement des informations financières : le salaire, la marque de la voiture, le logement (est-ce que l’emprunt est remboursé ?), la provenance, les conditions attendues… C’est ça qui compte d’abord.

Même pour les actrices célèbres, la mode c’est d’épouser des riches business men. Tant pis s’ils sont affreux ! En cas de divorce, c’est le pactole ! Ainsi, la ravissante actrice Chexiao s’est mariée à un jeune héritier obèse propriétaire de mines de charbon. Elle avait tout prévu. Un an et demi plus tard elle a divorcé et elle a récupéré plus de 3 milliards de yuans (500 millions de USD)[2].

Les émissions de téléréalité qui pullulent, reflètent bien cette dimension mercantile du couple. On voit une célibataire choisir entre une dizaine de prétendants au mariage. Elle ne pose que des questions financières et d’organisation, la séduction n’intervenant pas du tout dans ses critères : combien tu gagnes ? As-tu ton propre logement ? Si l’on se marie, qui s’occupera des enfants ?… Ainsi, lors de l’émission de téléréalité Fei cheng wu rao, une candidate a envoyé paître un célibataire au chômage qui lui proposait un tour en vélo par cette phrase qui a fait scandale : « je préfère pleurer dans une BMW qu’être heureuse sur un vélo ».

Le couple en Chine, c’est d’abord un contrat fondé sur des arrangements matériels. Et le mariage reste une obligation sociale[3]. Le concubinage est toléré mais jusqu’à un certain âge (environ 30 ans). Même si elle est amoureuse, une fille qui a un petit ami gagnant mal sa vie, lui préférera un bon parti et n’hésitera pas à le quitter pour se marier.

Un jeune homme fauché, qui n’a pas les moyens d’avoir un logement, devra accepter de se déclasser. Ainsi, de nombreuses agences permettent de trouver des femmes provinciales qui veulent se marier pour rester à Pékin car elles n’ont pas les papiers nécessaires. Le mariage est souvent un moyen pour prendre l’ascenseur social. Pourtant, de plus en plus de couples vivent ensemble sans se marier, notamment pour ne pas supporter d’avoir ensuite leurs parents qui viennent s’installer chez eux, ce qui est classique. De même, de nombreux couples refusent d’avoir un enfant pour rester plus libres et avoir plus de moyens. En Chine, il est encore obligatoire d’avoir un certificat de mariage pour pouvoir accoucher !

[1]                http://mondeacinter.blog.lemonde.fr/2013/11/29/chine-le-grand-marche-des-celibataires/

[2]                http://www.wantchinatimes.com/news-subclass-cnt.aspx?id=20130223000003&cid=1303

[3]                http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/09/05/en-chine-le-mariage-arrange-disparait-progressivement_1567854_3232.html

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