content detail

Faire couple avec l’Alsace ? Entretien avec Jean-Philippe Maurer, élu au Conseil Départemental du Bas-Rhin

Auteur : 30/10/2015 0 comments 748 vues

Jean-Philippe Maurer, 55 ans, élu au Conseil Départemental du Bas-Rhin ancien député et conseiller général du canton de Strasbourg

Comment définiriez-vous le couple d’élus que vous formez avec Pascale Jurdant-Pfeiffer ?

Un couple est-il vraiment un binôme en matière électorale ? Le couple me semble plus intime. La notion de binôme est très disparate dans la mesure où, en ce qui concerne Pascale Jurdant et moi-même, nous sommes deux élus sortants qui avions besoin d’avoir une légitimité sur nos territoires respectifs. La raison recommandait que nous fassions ce binôme sur ce nouveau canton qui est l’agrégation de deux cantons qui préexistaient. Il me semble que nous sommes dans une relation assez facile à penser et à mettre en œuvre dans la mesure où il était convenu, et c’était la bonne idée, que chacun préexistait déjà sur son canton.

On se connaissait déjà bien avant. Pascale Jurdant avait été élue en 2001, moi en 1998. Le terme binôme, là, est à mon avis une notion équilibrée, avec une façon de fonctionner simple à penser, ce qui n’empêche pas que chacun garde ses envies de faire, ses particularités, sa manière d’avancer. Elle a sa façon d’entrer en relation avec les habitants et moi aussi. Les choses fonctionnement comme ça, je ne prendrais aucune initiative sur son territoire sans lui en parler.

À vous lire dans la presse, à mesurer votre activité épistolaire et la manière dont vous interpellez régulièrement votre gouvernement, vous semblez prendre fait et cause pour votre département. Avez-vous le sentiment de faire couple avec l’Alsace ?

Je suis natif de Dorlisheim. J’ai appris le français à l’école, ma langue maternelle est l’alsacien. Vous dites ça à Paris, c’est invraisemblable ! Mais le problème de la langue c’est la transmission. En Alsace, nous avons gagné du temps sur l’histoire puisque le changement de nationalité a légitimé, chaque fois, la résurgence de l’alsacien. Mais forcément la source se coupe à un moment… elle se tarit. À quelle date l’acte de décès de la langue sera-t-il effectivement prononcé ? Chacun a son appétence et sa richesse, c’est ce qui fait sa propre histoire. Tout récemment, c’est vrai, j’ai écrit au président de la République pour lui demander pourquoi l’alsacien Albert Schweitzer, prix Nobel de la paix, n’était pas au Panthéon. J’ai organisé un dépôt de gerbes sur la place Albert Schweitzer à Strasbourg-Neudorf devant une stèle à son effigie, pour le 140e anniversaire de sa naissance. Ce sont des choses importantes en Alsace.

Les cimetières alsaciens ont, ces dernières années, fait l’objet de nombreuses profanations. Vous semblez très impliqué.

S’attaquer à des morts, je trouve ça particulièrement lamentable. Et j’ai peur qu’on s’installe dans un fatalisme, qu’on laisse filer. Au risque de ne pas reparler des valeurs, de la notion de respect, du vivre ensemble parce que c’est trop embêtant, parce qu’on considère que c’est marginal par rapport à d’autres manifestations, à d’autres dérives. Peu de gens sont interpellés pour ce type de délits et, selon les policiers et les gendarmes, la motivation idéologique, voire satanique, reste très faible. J’ai récemment fait un courrier à l’Association des Maires du Bas Rhin pour demander que soit rappelé dans les cimetières ce qui est prévu par le code pénal.

Être homme politique pour vous ne se découple pas du terrain ?

Je reçois entre 200 et 250 personnes par an. Et je vous assure qu’il ne s’agit pas de personnes qui ont des problèmes d’impôts sur les grandes fortunes. Alors qu’on ne vienne pas me dire que les hommes politiques sont coupés des réalités. L’investissement en temps est considérable. Pendant le Ramadan, je suis invité à cinq ou six Iftars – qui sont les repas pris le soir après le coucher du soleil par les musulmans qui font le ramadan.

Être alsacien ne signifie pas nier toute la diversité des personnes qui vivent en Alsace. Ma grand-mère maternelle était allemande, et en 14-18 mon grand-père a vécu cette ambivalence. Parmi mes oncles maternels, un est devenu « malgré-nous »[1] et un a été dans le maquis. Tout est respectable. Être politique, c’est être ouvert sur la vie, le monde, ne pas s’encroûter. Dans un tout autre genre, j’ai mis en place à La Meinau un café littéraire qui fonctionne depuis trois ans.

Votre engagement politique est très ancien. Avez-vous le sentiment de faire couple avec la politique depuis toujours ?

Forcément, le fil rouge provient de l’enfance. J’avais un grand-père Conseiller municipal. Mais qui ne veut pas changer le monde ? En 1978, j’ai adhéré à l’UDF et pendant un an il ne s’est rien passé. Et puis à un congrès, Pierre Pflimlin est arrivé. Par hasard il s’assied à côté de moi et me serre la main… On marche sur l’eau dans ces moments-là. Ensuite j’ai suivi tout le cheminement jusqu’à la création de l’UMP en 2003. L’idée d’être candidat m’est venue en 1998, lorsque j’étais chef du bureau des élections à la Préfecture à Strasbourg. En fait, ou vous êtes spectateur et critique, ou vous faites. À un moment il faut se jeter à l’eau. Vous connaissez l’histoire de la parabole des talents dans la bible ? Chacun a un petit talent, la question est de savoir ce qu’il en fait.

Que signifie pour vous la parité en politique ?

Ce binôme en politique, c’est une forme d’accomplissement de cette parité demandé. Parfois, il faut des coups de force pour que les choses se fassent. Les binômes ont trouvé leur manière de fonctionner. Cela dit, il faut sortir de cette répartition simpliste qui disait « aux femmes, le social, aux hommes, l’économie ». Les nouvelles assemblées ne doivent pas rester dans cette répartition stéréotypée. Mais de toute façon, si les gens ont une symétrie parfaite, personne ne s’enrichit de l’autre.

Propos recueillis par Isabelle Galland et Micky Boccara-Schmelzer

[1] « Malgré-nous » désigne les Alsaciens et Mosellans incorporés de force dans l’armée allemande durant la Seconde Guerre mondiale,

About author

Faire Couple

Website: