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Fabriquer un couple pour l’exil, par Florent Cadet

Auteur : 18/10/2015 0 comments 656 vues

Dans le dernier film d’Audiard, Dheepan & Yalini sont deux Sri Lankais fuyant la guerre. Ils forment un couple (et une famille avec une petite fille) pour échapper à l’horreur. C’est une condition administrative pour quitter le pays et s’installer en France.

Laissons de côté le trio familial. Arrêtons-nous sur ce couple obligé de se former en catastrophe, pour fuir, pour ne pas rester dans l’horreur et les coups de feu. Ils ne se connaissent pas et voyagent ensemble. Ils sont de parfaits inconnus et se font passer pour mari et femme. Ils vivent ensemble, sous le même toit, et découvrent le quotidien d’une cité française rythmée par le deal de drogues, en partageant leurs repas et leurs découvertes des codes sociaux français.

Alors couple ou pas couple ?

Ils ne sont pas un couple qui s’est fait mais ils font le couple, ils le fabriquent pour les besoins de l’exil. Ils font le couple face aux autorités, face à l’école de leur fille, face aux voisins qui occupent la cité. Le couple tient par l’homme au départ : il s’investit à fond dans son travail et cherche à s’intégrer alors qu’elle claque des portes et s’angoisse. Lui, à l’air tenace, est mû par une volonté de fer pour que ça marche.

Puis, pendant un temps, où elle a aussi décroché un travail, le couple semble respirer, s’équilibrer. Mais ça ne dure pas, ça dérape.

Elle demande s’il y croit vraiment à tout ça, à eux… Et là ça bascule. L’horreur reprend le dessus, surtout pour lui qui s’y croyait, alors qu’elle attendait un vrai passeport pour partir de son côté. Pour lui, les blessures de guerre remontent à la surface et ça pète dans tous les sens, dans la cité et dans ce faux couple. L’artifice du couple se dévoile. Et lui vacille. Elle se reprend en dévoilant cette mascarade. Ça se renverse.

C’est alors elle qui lui met des claques et essaie de le raisonner, de le relever. Pour ne pas qu’il s’enfonce dans des répétitions de combattant, elle est là, elle le maintient comme elle peut, autant que possible, hors de ses réminiscences de guerre. Elle essaie.

Dans ce couple tout fait, leurs places sont relatives. À tour de rôle, ils font ce couple, ce troisième terme dont chacun d’eux a besoin pour l’administratif certes, mais finalement pour tenir en équilibre et ne pas trop se désaxer face à l’horreur de l’exil.

À la toute fin du film, un geste tendre nous montre que ce couple fait par l’urgence a su tenir au-delà… À voir !

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