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Essai transformé pour la violette…Entretien avec Valérie Ponnet-Bonzon, ingénieur chimiste

Auteur : 30/05/2015 0 comments 695 vues

Le sent-bon d’hier se paie une cure de jouvence

 

 

Marie-Christine Bruyère : Vous travaillez pour l’entreprise[i] de parfums et cosmétiques, qui, à Toulouse, est la spécialiste de la violette. Que dire de cette « culture » de la violette, symbole de la ville rose ?

L’origine de la violette à Toulouse reste un mystère.

Les liens entre la ville et la fleur remontent au XIVème siècle. […]

Au début du XVIIème siècle, le poète toulousain Pierre Goudouli publie un recueil de poèmes en occitan, Ramelet moundi, le bouquet toulousain. La violette y prend place dans un charmant poème :

Chanson de la violette

Violette,

Petite,

Toujours odorante

Honneur de Toulouse

Viens m’embaumer

Zéphyr te caresse

Et ma seule maîtresse

Ne peut davantage me charmer

Fraîche

Douce.

Les universités de la ville tardent à s’intéresser à la botanique et il faut attendre le début du XIXème siècle pour avoir les premières précisions scientifiques.

Les travaux de Timbal-Lagrave, éminent botaniste, établissent que la Violette de Parme se trouvait à l’état spontané à Saint-Jory. Comment y est-elle arrivée ?

La légende est là pour l’expliquer ; histoire d’amour toujours, elle mêle les destins d’une belle jardinière et d’un jeune soldat. Là, les versions diffèrent […]

Mais pour les maraîchers, la version préférée est celle du soldat français sous le second Empire : originaire de Saint-Jory, lors de la campagne d’Italie, il y découvre une violette dont la beauté et le parfum le séduisent. Il en fit parvenir quelques plants en message d’espoir à sa belle fiancée. La fidèle jardinière en prit grand soin et le valeureux jeune homme eut le plaisir, à la fin de la guerre, de retrouver son amour et des violettes à profusion.

Quelle que soit la version, tout le monde s’accorde à dire que la fleur nous est arrivée d’Italie.

Au XIXème siècle, toute l’Europe cultive la violette et fait assaut de variétés. Toulouse entre dans la danse avec sa violette si particulière qui est la plus belle : fleur double qui peut compter jusqu’à cinquante pétales, elle allie au foisonnement de sa corolle bleu tendre un délicieux parfum. Sa culture réalisée par les maraîchers de Lalande, Saint-Jory, Aucamville et Castelginest connaît une réussite exemplaire.[ii]

M.-C. Bruyère : Vous êtes ingénieur chimiste. Comment se marient les éléments de la chimie et la fragrance de la violette ? Voilà un couple insolite : fleur et chimie !

La violette fait partie des quelques fleurs dont on ne peut extraire la fragrance de façon naturelle. Seule sa feuille est exploitée en parfumerie. Cette dernière, après extraction par solvants, fournit une « absolue » dont l’odeur est très « verte », qui rappelle l’herbe fraîchement coupée.

Pour obtenir des notes fleurs de violette dans un parfum, il faut donc avoir recours à la synthèse chimique.

Les principales molécules « à odeur de violette » que sont les ionones et les irones, sont des substances qui sont également présentes dans les produits d’extraction des rhizomes d’iris.

Pour reproduire l’odeur naturelle de la fleur (fleurie, fruitée, verte, douce), c’est donc un subtil mélange d’ingrédients naturels et d’origine synthétique que le parfumeur ou « nez » assemblera : Ionones, Iris, Vanilline, Feuilles de Violette, Cassie.

Fleur-chimie : un couple à première vue insolite mais finalement essentiel !

M.-C. Bruyère : Avez-vous un souvenir d’enfance, qui aurait déterminé votre goût pour la cosmétique ?

Lorsque j’étais enfant, ma grand-mère m’a ramené de son passage à Toulouse une petite cruche jaune décorée d’une violette et qui contenait un support imbibé de parfum de violette. Pendant des années – je dis bien des années ! – mon grand jeu, et surtout mon grand plaisir, était de sentir l’intérieur de ce petit cruchon pour vérifier que l’odeur était toujours perceptible.

…Vous n’allez pas me croire ?

C’est pourtant vrai, cette histoire a-t-elle été déterminante… Je ne le sais pas, mais elle a probablement contribué à ma passion pour mon métier !

[i]  C’est en 1936 qu’Henri Berdoues, ingénieur chimiste et « nez » de la société fondée en 1902 par son père et son oncle, reproduit l’odeur de la fleur de Violette de Toulouse dans une composition olfactive toujours commercialisée de nos jours.

[ii]  Source : La Violette de Toulouse – Sandrine Banessy – tme

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