content detail

E-couples Par Dominique Pasco

Auteur : 08/07/2015 0 comments 686 vues

Juillet 2015, Marie-Claire consacre trois pages aux e-rencontres : « Comment on rencontre un homme aujourd’hui » titre l’article très bien documenté de Caroline Rochet. Ce qui marque avant tout est le vocabulaire employé. On y apprend que les sites de rencontres sont désormais vintage, quasi-ringards et délogés par les applis qui permettent un accès plus immédiat avec géolocalisation et gratuité. 15 à 18 millions de célibataires offrent une perspective incroyable à ces nouvelles modalités d’entrer en contact.

En effet, la possibilité d’une rencontre viendrait ensuite et elle n’est pas plus assurée via le web ou les applis qu’elle ne l’est dans la « vraie vie ». « Le web est juste un nouveau lieu et une nouvelle chance de trouver, tout aussi fascinante qu’ailleurs ». Et sans doute est-il plus ludique. 2500 sites de rencontres sont répertoriés en 2014 en France avec pour les plus connus : Meetic, Parchip, Adopte un mec. Mais afin de mieux boussoler les déboussolés contemporains, de nouveaux sites thématiques auraient vu le jour en proposant une première sélection augmentant les chances de faire couple à partir de votre objet de jouissance privilégié (Marmite love, Amours Bio) ou encore, de vos hobbies ou idées politiques, etc.

Nous y lisons aussi que cette modalité de rencontre via les sites ou les applis n’est plus source de honte : 82% d’entre nous avoueraient avoir rencontré leur partenaire ainsi. Elles seraient « le sésame du prêt-à-rencontrer » sous titre l’article : Grindr (homosexuels), Tinder[1], BoujourBoujour, Happn ou Blendr ont l’atout d’afficher sur votre smartphone les profils des inscrits géographiquement les plus proches ce qui facile évidemment la rencontre concrète et immédiate. Cependant, l’article affirme que si ces applis facilitent les « plans sexe », ce n’est pas forcément la visée, en tous les cas pas pour tous et pas plus qu’en boîte de nuit. Par contre, elles permettent d’éviter d’essuyer les refus : « il n’y a « match » et possibilité de s’écrire que si l’autre aussi a cliqué sur [votre] profil ». L’utilisateur est plutôt urbain, 25/40 ans et avec l’application Happn, vous pouvez immédiatement retrouver un ou une inconnue croisé(e) dans la rue, à condition qu’il ou elle soit branché(e). Pour ce faire, il vous suffit de le (ou la) géolocaliser et de le (ou la) « liker » ! Cette possibilité existe aussi avec les pages « Sportted » sur Facebook.

Le célibataire actuel n’aurait plus rien à voir avec l’image du solitaire, triste et coincé, mais au contraire il « sort, utilise son mobile, voyage, … ». Si la France ne possède pas de telles statistiques, aux Etats Unis, 35% des couples mariés entre 2005 et 2012 se seraient découverts via Internet. L’article se termine sur le fait que 80% d’entre nous rêvent cependant d’une rencontre dans la vraie vie et se conclut sur le réel dans l’affaire, ce qui est hors symbolique : « L’amour a toujours le dessus et on n’y comprend jamais rien ! […] la rencontre d’aujourd’hui ressemble à celle d’hier : bouleversante et vertigineuse. »
Ces modalités fondées sur l’imaginaire, l’accessibilité immédiate sans l’attente, sans le manque, n’épuisent pas le désir de la rencontre amoureuse, laquelle relève de la contingence, au sens du hasard. Cette facilitation des « plans sexe » qui viennent aujourd’hui en premier, avant l’amour, et qui accentuent le clivage entre la sexualité et l’amour semble fomenter l’idéalisation de la rencontre amoureuse. Pour autant, la psychanalyse ne se contente pas de ne rien en savoir. Elle vise à partir de l’expérience de l’analyse, au un par un, à déduire en logique les coordonnées de ces liaisons inconscientes.

[1] Lire au sujet de Tinder l’article de Sylvie Goumet dans la rubrique « cyber-couple » du blog des 45e journées

About author

Faire Couple

Website: