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Dona Flor et ses deux maris, par Fernanda Otoni Brisset

Auteur : 08/11/2015 0 comments 566 vues

Dona Flor et ses deux maris, est un roman de Amado Jorge (1965). Dona Flor et ses deux maris. Traduction Georgette Tavares-Bastos, Paris, Ed. Stock, 2005.

Le premier est venu comme on vient du bar[2]. Mariée avec le bohème Vadinho, Dona Flor souffre d’un érotisme à grimper aux murs et d’une jalousie folle. C’est une passion sans limites. Quand il meurt, vêtu de baïanaise un ‘mercredi des cendres’ (le lendemain du carnaval), il laisse la veuve dans une vive inquiétude.

Le second est venu comme on vient du fleuriste[3], c’est le pharmacien Teodoro, avec qui elle vit une routine sûre, dans un confortable quotidien. Mais elle souffre, encore, de la même inquiétude dans les entrailles d’une jouissance sans pair.

Comme qui arrive du rien[4], l’esprit du décédé envahit sa vie d’épouse. Son image se couche dans son lit et l’appelle femme[5], lui faisant atteindre une extase qui ne sait pas dire son nom. Elle recourt au candomblé[6] et amarre cette nouvelle forme d’amour, au tétraédre de son lit, consentant à l’impossible conciliation entre le feu et le calme, l’aventure et la sécurité, l’insensé et la gentillesse.

Depuis toujours on sait que l’union entre un homme et une femme ne va pas très loin quand la jouissance entre en scène. Une femme ne se trompe pas quant au fait que “la jouissance de l’homme et celle de la femme ne se conjoignent pas”[7]. À faire couple, elle trébuche sur un obstacle, ou mieux, elle trébuche sur “l’os” qui manque à l’organe.

Il y a “un os manquant”, propre au désir et son fonctionnement[8]. C’est dans ce creux qui ne se fait recouvrir par rien, là où il y a un os manquant, que la femme cherche à inventer une forme pour réunir la solitude de sa jouissance à une forme d’amour qui vaille la peine, comme suppléance à la relation sexuelle qui n’existe pas.

Dona Flor paraît être devenue célèbre pour transmettre que la force matérielle qui perturbe le corps d’une femme, connaît peut-être une certaine quiétude à la conjuguer à une manière d’aimer qui la prend en compte. C’est ainsi que, dans le sertão de Bahia, entre une routine confortable et une jouissance inquiète, grâce à une image étrangère et fantastique, fleurit le miracle du sinthome.

À envahir et s’évader de la routine de Dona Flor, telle image volatile, par un rai, fait pulser la valvule de la jouissance féminine.

Tel artifice connecteur nous montre comment l’image vient jouer sa part dans la formation du sinthome d’une femme, enchâssant à la routine méthodique et disciplinée du couple, une autre jouissance, muette et sans loi. En fin de compte, unissant une image à une routine, cette femme arrive à accéder à Une jouissance sans égal, alors qu’elle la fait paraître normal.

Jorge Amado, en écrivant “Dona Flor et ses deux maris” fait couple, avec deux plus un. Il semblait savoir, comme Lacan,“qu’y satisfit-on à l’exigence de l’amour, la jouissance qu’on a d’une femme la divise, lui faisant de sa solitude partenaire, tandis que l’union reste au seuil”[9].

C’est ce que nous enseigne Dona Flor, à bien dire : “enfin seuls !”

Traduction : Pierre-Louis Brisset

[2]   Ici, une petite inversion de l’ ordre de la musique “Teresinha” de Chico Buarque de Hollanda. Musique composée entre 1977/1978, pour sa pièce de théâtre de l’Opéra do Malandro.

[3]   Autre inversion de l’ordre de la musique “Teresinha” de Chico Buarque de Hollanda.

[4]   Ibid.,

[5]   Ibid.,

[6]  Religion animiste d’origine africaine.

[7]   Lacan J., Le Séminaire, Livre X. L’angoisse, Paris, Seuil, 2004, p. 307.

[8]   Lacan, J., Le Séminaire, Livre XVIII, D’un discours qui ne serait pas du semblant, p.70.

[9]   Lacan, J., L’étourdit, Autres écrits, p. 466.

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